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Ni CPE, ni CDI Revenu garanti !

" Le boulot y en a pas beaucoup. Faut le laisser à ceux qui aiment ça. ". Coluche

lundi 3 avril 2006, par AC ! Limoges

" Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles
que nous n’osons pas.
C’est parce que nous n’osons pas qu’elles semblent
difficiles ".
Sénèque

Le traitement réservé aux précaires et à la jeunesse est révélateur
des orientations néo-libérales qui gouvernent les politiques
actuelles et de l’absence du politique au profit d’une certaine
logique économique.
Choisir de ramener ces questions (chômage, inégalités ...) à des problèmes concernant des populations particulières, ciblées et
caractérisées, revient à éviter de s’interroger et d’analyser les transformations actuelles, leurs enjeux et leur caractère global.
C’est aussi stigmatiser, disqualifier, marginaliser, diviser, exclure sous couvert d’aide et d’assistance, sans donner aux personnes les possibilités d’une véritable autonomie. La similitude avec les politiques à l’égard des pays du Tiers-Monde est éloquante.
Cette précarisation n’a cessé de se développer et de toucher toujours plus de personnes :
- par la multiplication des contrats précaires
- par le développement du sous-emploi
- par l’augmentation constante de travailleurs pauvres parfois SDF
- par le projet avoué de destruction des olidarités sociales (retraites, chômage, formation...)
- par une recodification du droit du travail et un plan dit de "modernisation " de l’inspection du travail, qui achèvera de
démanteler un code protecteur pour les salariés
- par la prédominance d’une logique imposée par l’actionnariat centrée sur le profit et la recherche constante d’une réduction des coûts, à commencer par les salaires.
Aujourd’hui, le plein emploi est mort. Toujours plus de jeunes,toujours plus diplômés viennent rejoindre les rangs des précaires
entre stages, CDD et chômage.
Faute de garanties sociales suffisantes, ils constituent de fait un gigantesque vivier de main-d’oeuvre disponible où puisent à volonté les employeurs. Une force de travail pas toujours en mesure de refuser de passer par les CAE, les contrats d’avenir, les stages gratuits, les emplois sous-payées ou inintéressants,sans rapport avec leur qualification ou leurs désirs.
Il faut le redire même si c’est l’évidence : c’est le patronat qui créé le chômage de masse en refusant la diminution du temps de travail de tous.
C’est le patronat qui entretient le chômage de masse pour s’assurer une main-d’oeuvre docile et bon marché, tout en agitant le mythe du plein emploi.

Abolir toute exploitation et le travail comme activité séparée de la vie

Cette précarisation ne doit pas nous conduire à idéaliser le travail et nous faire oublier la tendance séculaire à la diminution du temps de travail et de sa pénibilité qui est au fondement du progrès social.
Le discours du patronat et du gouvernement vise à déconsidérer cette idée juste selon laquelle les travailleurs doivent pouvoir
travailler moins longtemps au fur et à mesure des progrès techniques parce qu’elle signifie une amélioration de la situation des salariés relativement aux propriétaires du capital. Le
patronat a donc très bien compris que s’il concédait une baisse du temps de travail sans pouvoir baisser les salaires ni intensifier
le travail, les salariés gagneraient sur tous les tableaux : plus de temps libre, moins de chômage et meilleur partage des revenus.
Il exerce donc une pression énorme pour que les derniers vestiges de la loi des 35 heures soient anéantis. Le gouvernement lui a déjà donné satisfaction sur plusieurs points : le recours possible aux heures supplémentaires est passé de 130h à 180h / an. Les petites et moyennes entreprises auxquelles la loi avait accordé un délai pour passer aux 35 heures n’y passeront pas, laissant ainsi environ 7 millions de salariés à l’écart de la mesure. Et pendant ce temps, le chômage a repris sa marche en avant inexorable.
Comment justifier alors aux yeux de l’opinion une telle absurdité ? En ressortant une vieille lune idéologique : " Les Français ne
travaillent pas assez. "
Et l’on entend un concert de déclarations appelant à " réhabiliter le travail " ou à " réhabiliter la valeur travail ". S’agirait-il
de redonner aux travailleurs une dignité mise à mal par 25 ans de précarité, de chômage et de politiques d’austérité ? Non, il s’agit de forcer les chômeurs à accepter n’importe quel travail précaire et les salariés ayant un emploi à baisser la tête devant la précarisation de celui-ci.
Ce que le gouvernement se propose de faire, en somme, c’est non seulement d’étendre la tyrannie du travail, déjà dévastatrice,
mais, en augmentant encore sa rareté, d’en faire un luxe, que tout le monde s’arrachera - puisqu’il faudra bien survivre.

Ne soyons pas dupes ! Ni CPE ni CNE ni CDI !

Nous ne braderons pas les progrès acquis, le savoir, la connaissance et le développement humain au profit d’une idéologie
productiviste insoutenable et dépassée qui n’a cessé de détruire notre environnement social, culturel, géographique et naturel !
Une grande refondation sociale est urgente.
Nous ne pouvons plus faire aujourd’hui l’économie d’une réflexion sur la richesse alors qu’émergent de nouvelles questions
(lien social, protections sociales, socialisation, production de
soi, éducation, formation tout au long de la vie, risques environnementaux...).
Nous voulons pouvoir vivre, nous loger, nous déplacer, nous cultiver,nous distraire, sans être soumis au contingentement des aumônes que nous concèdent les services sociaux ou avoir à
dépendre d’organismes caritatifs. Assistance aléatoire et charité sont non seulement insupportables mais aussi parfaitement
inefficaces pour faire reculer la misère.
La question du chômage et de la précarité n’est pas tant économique que sociale et politique.
Non seulement ces choix politiques au service de la croissance détruisent des individus et des vies mais la violence qu’ils entrainent
impliquent des charges croissantes pour la collectivité (destruction du lien social, dé-socialisation, violences...).
Nous revendiquons l’instauration d’un revenu garanti. Il représente avant tout cette exigence de pouvoir tout simplement vivre, dignement, de quitter ce cercle vicieux de dépendanceimpuissance-
asservissement-humiliation dans une société qui
valorise l’autonomie de l’individu et oblige l’individu à s’inventer.

Echapper au contrôle et à la contrainte

Mais il s’agit de le faire comme nous l’entendons, sans subir l’infantilisation
permanente d’un contrôle social.
Seul un revenu au moins égal au SMIC peut nous permettre de résister à cette gestion organisée de la misère. Refuser la pauvreté
ne suffit pas, il faudrait savoir s’attaquer aux formes concrètes au travers desquelles se déploie son organisation.
Si la disponibilité sur le marché du travail est constitutive de notre qualification, celle-ci ne doit pas rester sans contrepartie.
En tant que précaires, nous sommes les salariés qui mettent en oeuvre cette disponibilité.
Revendiquer d’être payés pour ce que nous faisons, voilà le préalable à la construction et à la généralisation d’une fierté collective
qui puisse s’opposer à la culpabilisation et à la soumission que produisent les rapports sociaux dominants.
Revendiquer un revenu, c’est commencer à proposer une perspective d’émancipation du salariat.
L’interdiction du RMI aux jeunes de moins de 25 ans sert à maintenir cette population dans une situation d’infériorité. A l’image,
pour ainsi dire, des sans papiers, dont les droits sont déniés pour les mêmes raisons. Ils jeunes constituent une maind’oeuvre
extrêmement disponible et flexible. Il s’agit là d’une véritable " éducation à la précarité " dont les premiers moments
ont lieu dans le système scolaire. L’organisation de trajectoires
de soumission débute en effet, comme nous le rappelle le mouvement lycéen, dès le passage par le système scolaire (sélection,
concurrence, hiérarchie, pénurie, stages,...).
Si les travailleurs précaires revendiquent un revenu c’est comme contrepartie à une contribution productive qui n’est pas reconnue.
Nous voulons une part de la richesse sociale que nous produisons (travail gratuit, bénévolat, services rendus...).
Nous voulons arracher les moyens de développer des activités infiniment plus enrichissantes que ce à quoi on nous contraint.
Le revenu garanti comme salaire social, est un investissement productif, le moyen d’aller vers un autre type de développement
qui passe nécessairement par une remise en cause du rôle central de l’emploi salarié.
Échapper collectivement au contrôle et à la contrainte qui règlent nos vies, c’est tout simplement commencer à libérer les
facultés d’inventer et d’agir de chacun.
Si nous revendiquons le droit à un revenu garanti, c’est parce que nous contribuons tous d’une manière ou d’une autre - ou
que nous pourrions le faire si justement nous en avions les moyens- à la production de richesses sociales. C’est parce que
son instauration est pour nous une condition du développement de la richesse produite socialement, un investissement collectif
nécessaire.
L’enjeu du mouvement actuel est bien la résistance à la précarisation de nos vies et la refondation des solidarités sociales mais
tout autant la contestation d’une démocratie procédurale qui se résume à la formule : vote, travaille et tais-toi !

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