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À lire absolument

« Chômage, des secrets bien gardés »

de Fabienne Brutus, éditeur Jean-Claude Gawsewitch, 2006

samedi 6 mai 2006, par Monique AC ! 61

Le livre est sous-titré : « La vérité sur l’ANPE » et cette vérité-là n’est pas un argument de marketing.

Dans un livre passionnant de bout en bout, Fabienne Brutus, agente à l’ANPE, révèle les redoutables et viles méthodes qui président à la mutation de l’ANPE en monstrueux mécanisme à broyer les individus.

À lire absolument par toutes les personnes qui s’intéressent de près ou de loin au chômage et aux chômeurs, par les journalistes qui souhaitent arrêter de divulguer la propagande gouvernementale, par les chômeurs et précaires évidemment, qui y puiseront une raison de plus de résister et la connaissance de l’adversaire.

Seule critique, l’ouvrage est un peu cher pour une bourse de précaire (18,90 euros) ! Faites le acheter par la bibliothèque.

Extrait choisi totalement au hasard (c’est vrai !)

Pages 78 à 80 :

5. Ils rêvent d’y être : les précaires

Ils étaient CES, les voilà CAE ( [1] ). L’agence ne montre pas l’exemple : ces contrats sont censés servir de tremplin vers autre chose. Un CDI, un CDD à temps plein, bref un contrat plus intéressant que l’ersatz du contrat aidé. Or, même au coeur du système, on forme rarement les personnes en CDD. Leur chance de retour à l’emploi est juste un peu améliorée par leur présence quotidienne sur les lieux, la fréquentation des conseillers, en première ligne pour connaître la création de postes. Ces précaires utilisent leurs compétences, sont rendus opérationnels le plus vite possible. Les contrats sont supposés soutenir des gens éloignés de l’emploi, en difficulté d’insertion. Or, l’ANPE recrute dès que possible des personnes certes éligibles, mais immédiatement efficaces et parfaitement malléables. L’accueil, poste sans doute le plus difficile à occuper en raison de l’agressivité en jeu, est parfois assuré par des stagiaires non rémunérés, préparant un bac professionnel ! Les conseillers, conscients de la charge de travail de ces jeunes et de l’injustice de la situation, se cotisent parfois pour offrir un cadeau... dans l’intention de pallier par eux-mêmes les manques de l’établissement. Cette tendance à modérer les insuffisances se manifeste dans d’autres cas : les collègues non remplacés, par exemple. Plutôt que de laisser chômeurs et employeurs dans l’embarras, les conseillers se plieront en quatre pour assurer le service, quitte à y laisser leur santé.

Parmi ces salariés, les « tempos » (pour contrats temporaires) sont renouvelés d’un mois sur l’autre. Ils peuvent travailler jusqu’à huit mois d’affilée, mais ne connaissent leur sort qu’en fin de mois. Les directions d’agence sont abondées en « mois de tempo » au coup par coup. « Bonne nouvelle, Mathilde, vous serez parmi nous le mois prochain », annoncé à J-2. Voilà pour ce qui est de montrer l’exemple.

En 2005, des conseillers ont été recrutés pour des CDD de deux ans. Bien qu’ils aient suivi une formation écourtée par rapport à la formation officielle, ils assurent rigoureusement les mêmes tâches que les conseillers lambda. Initiation au démantèlement ? Qu’adviendra-t-il d’eux ensuite ? En tout cas, ils se seront tenus à carreau pendant deux ans. Ni syndicat, ni états d’âme, de vaillants petits soldats. Presque des « Contrats nouvelle embauche ». Quand un conseiller est lui-même précaire, comment peut-il être crédible ? Les prestataires gardent le sens de l’humour et s’appellent entre eux les « presque-à-terre ». Grâce au Contrat d’avenir, les emplois-jeunes qui arrivaient à terme ont pu être remplacés. Une bonne partie d’entre eux, suffisamment diplômés, avaient déjà trouvé à intégrer l’Agence en passant des concours réservés ou les concours externes. Une question demeure. Les Contrats d’avenir étant destinés à un public moins qualifié, qu’en fera-t-on à l’issue des deux ans ? Il a été question d’intégration par le biais de l’apprentissage. À quand un CAP ou un bac de conseiller à l’emploi ?

En cumulant les CES/CAE, les CDD, les temporaires, l’ANPE emploie 15 % de son personnel en contrat précaire. En 2004, sur 23 220 agents : 1 417 CDD, 1 304 CES (comptés à part : c’est une manie ! pourtant ils sont bien sûr en CDD), 753 agents temporaires, soit 3 474 précaires en tout.

Quand conseillers et prestataires sont en CDD, ils proposent à leurs accompagnés des offres d’emplois qui les intéressent. Ils ont parfois postulé eux-mêmes et aimeraient tant les garder pour eux !

« Vous ne savez pas ce que c’est, d’être au chômage, vous !
- Si, si. . . Ça m’arrive régulièrement.
 »


[110. Contrat emploi solidarité. Contrat d’accompagnement dans l’emploi.

Messages

  • Je confirme que tout ce qui est écrit est vrai !L’ANPE à ue gestion des Ressources humaines déplorable et cela se dégrade au fil des années.
    Le sort réservé aux précaires est inadmissible et celui des titulaires n’est guère enviable.La pression est devenue insupportable:objectifs inatteignables,hiérarchiques jouant aux petits chefs en fliquant le travail des agents,omnibulés par les chiffres,la quantité primant de loin sur la qualité-,public de plus en plus agressif ,tâches de plus en plus ingrates-ce qui faisait l’intérêt du métier de conseiller est désormais sous-traité au prix fort à des prestataires dont les compétences laissent souvent à désirer.La plupart des demandeurs d’emploi orientés vers ces organismes n’en tirent aucun bénéfice et la plupart disent avoir perdu leur temps.INous les retrouvons le plus souvent dans nos fichiers à l’issu de ces prestations.l n’est pas rare de voir des CV réalisés par des pseudo-professionnels,dûment agréés et rémunérés par l’ANPE,truffés de fautes d’orthographe !!!!
    La grande majorité des agents de l’ANPE est totalement démotivée.Beaucoup craquent:nombreuses dépressions,tensions entre collègues...
    Et ce n’est pas la fusion avec les ASSEDIC qui va arranger les choses,bien au contraire.
    Si j’avais 20 ans de moins,je démissionnerais mais les temps étant de plus en plus durs,notamment pour les seniors,j’essaie de tenir le coup....

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