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L’empêcheur n°15

Où il y a de la chaîne, y’a pas de plaisir

vendredi 28 mars 2008, par AC ! Limoges

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cage

Lutte contre de soi-disant fraudes, accès des ayant
droits, traçabilité des chômeurs, lutte contre de soidisant
abus, tout est bon aux différentes institutions
pour exercer des contrôles tatillons sur leurs publics
respectifs, leurs " clientèles ", les trier, les classer, les
hiérarchiser. Ainsi un droit légitime conquis par une
population particulière se transforme très rapidement
en moyen de contrôle s’appliquant sur l’ensemble de
la population s’il n’est pas rapidement étendu à tout
le monde. Il en a été ainsi de l’obtention du droit aux
transports gratuits conquis par des chômeurs dans
certains espaces. Le PARE, le Plan d’Aide au Retour à
l’Emploi, censé aider les chômeurs à trouver un
emploi, était dès le départ une machine à gérer la
mobilité de la main-d’oeuvre, à la façonner aux objectifs
de la production et surtout à la contrôler et à la
culpabiliser. Personne ne doit pouvoir s’imaginer pouvoir
être payé à ne rien faire, ou, formulé autrement
pouvoir faire ce qu’il ou elle veut. Dans PARE, le mot
" aide " signifie aussi coercition, pression, culpabilisation.
C’est-à-dire qu’un pouvoir disciplinaire
s’exerce par des institutions ayant
la charge de ce secteur. A la discipline de
l’usine se substituait la discipline des
conditions d’accès à la jouissance de certains
droits.
Le pouvoir s’exerce dans deux dimensions,
d’une part celle de l’individu et
d’autre part, celle de la population. Il
s’impose à chaque individu à travers la
discipline. Celle-ci s’établit par un
quadrillage systématique du temps, de
l’espace et du mouvement de chacun. La
discipline impose des attitudes, des gestes,
elle modèle aussi les corps. La question
qui se pose alors est celle de comment surveiller
quelqu’un, contrôler sa conduite, son comportement,
ses aptitudes et ses capacités. Ou encore comment
le mettre à la place où il sera le mieux utilisé.
Mais alors que les disciplines s’intéressent aux individus,
le contrôle, lui, s’intéresse à des populations.
Celles-ci recouvrent des groupes homogènes construits
par le pouvoir sur une base prétendument
naturelle qui permet d’en définir une consistance
identitaire. Autrement dit, l’individu individualisé par
la discipline est replacé dans un groupe, dans le
même processus. Le système scolaire a été construit
selon ce principe, avec des classes inscrites dans un
système, représenté par un maître. L’armée de conscription
est un autre exemple, selon ce même principe,
de la construction d’une population à partir d’une
classe d’âge. Ces mécanismes de surveillance ont
pour fonction de corriger et surtout de prévenir la
déviance et non pas de la punir. La référence n’est pas
la loi mais la norme.
Cette norme correspond à l’apparition de ce que
Michel Foucault a appelé un bio-pouvoir, c’est-à-dire
un pouvoir sur la vie et les formes de gouvernement
qui en résultent, le passage d’une société de souveraineté
à une société de discipline. Dans une société
de souveraineté, le pouvoir s’exerce par intermittence.
Dans une société de discipline, il s’exerce en permanence
et il est intériorisé par chacun. Le modèle
juridique cède alors le pas à un modèle médical, au
sens large, matérialisé par des appareils de médicalisation
qui permettent d’appliquer à la société toute
entière une distinction permanente entre le normal et
le pathologique et d’imposer un système de normalisation
des comportements et des existences, du travail
et des affects. L’interdiction de fumer dans les
lieux publics montre bien toutes ces dimensions.
L’espace du café se retrouve ainsi déterminé par une
conception sanitaire. Un cendrier traînant sur une
table devient ainsi une incitation à fumer et peut être
réprimé comme tel. Le fumeur est stigmatisé comme
celui qui met en danger la santé du reste de la population.
Fini une certaine convivialité ou des arrangements
que les personnes concernées auraient pu
faire.
Nous sommes-là au carrefour du juridique et du
médical. La pensée juridique distingue le licite et l’illicite.
La pensée médicale, le normal et l’anormal. Elle
ne cherche pas à punir mais à transformer.
Dans ce dispositif, la punition
est très accessoire. Elle a une vocation
disciplinaire qui sert à l’intériorisation
de la norme. L’objectif final
étant la santé de la population, pour
le bien de tous.
La prolifération des radars automatiques
sur les bords des routes participe
du même mouvement. Chaque
individu doit intérioriser la norme
définie par l’Etat pour le bien de
tous. Chaque écart étant sanctionné
automatiquement. Tout contrevenant
pouvant être stigmatisé
comme un monstre potentiel.
En même temps que le pouvoir intègre la vie des individus,
il va se développer une série d’autres pouvoirs
latéraux, autour de la santé, l’éducation, l’assistance,
etc. qui vont en être son relais. Ainsi la biopolitique,
c’est la manière de gouverner non seulement l’individu
mais l’ensemble des êtres vivants constitués en
populations. Nous sommes en présence d’une problématique
d’élevage.
La biométrie est une illustration de cette vision. Elle
consiste à utiliser la mesure de parties du corps (iris de
l’oeil, empreintes digitales, contour de la main, du
visage...) ou de comportements (démarche, manière
de signer...) pour reconnaître une personne. Ces parties
du corps, réputées uniques pour chaque individu,
sont numérisées, puis enregistrées dans des bases de
données, et réactivées à chaque fois qu’il faut s’identifier.
Depuis la fin des années 90, sous la pression de
lobbys industriels et étatiques, les outils de reconnaissance
biométrique, souvent des bornes, se généralisent
et remplacent les clés, les cartes ou tout simplement
la reconnaissance en vis-à-vis.
Les dispositifs biométriques ont d’abord été installés
dans des zones dites " sensibles " (prisons, aéroports...).
Depuis quelques années, dirigeants et
industriels ne reculent devant rien pour en généraliser
l’usage à toutes sortes d’activités quotidiennes. En
2004, le groupement des industriels de micro-électronique
(Gixel) publiaient un Livre Bleu de préconisations
au gouvernement, lui conseillant de conditionner
les plus jeunes pour faire accepter la biométrie à
une population récalcitrante. Ils y prescrivaient une
" éducation dès l’école maternelle ", c’est-à-dire l’implantation
massive de bornes biométriques dans les
établissements scolaires. Dès 2005, cette propagande
s’est rapidement matérialisée sous forme de systèmes
d’accès des élèves à la cantine et aux entrées.
On compterait aujourd’hui 350 établissements scolaires
biométriques, contre seulement une vingtaine en
2005. C’est donc une grande partie de la jeunesse
qui, tous les jours, est priée de trouver normal d’être
gérée en silence par le biais de son anatomie, avec la
complicité de prétendus éducateurs.
Le monde de la biométrie est le même que celui du
prélèvement massif d’ADN, de la vidéo-surveilllance
et de la pose de bracelets électroniques sur les nourrissons.
C’est un monde où l’on juge que gérer des
corps est finalement plus rassurant, efficace et rentable
que dialoguer avec des personnes. Derrière la
machine, un pouvoir arbitraire et omniprésent alimente,
peut-être plus encore que par le passé, frustration,
impuissance et paranoïa. Grâce à ces technologies,
les dirigeants constituent des fichiers et
organisent une surveillance en temps réel dont
auraient rêvé les dirigeants soviétiques. De leur côté,
les industriels se réjouissent d’étendre encore leur
conquête des activités humaines, en les conformant
à leurs innovations technologiques. Tantôt en agitant
la peur des terroristes, tantôt pour nous " simplifier la
vie ", les bureaucraties, petites et grandes, étatiques
ou marchandes, ne cessent de soumettre les espaces
de la vie commune à leurs propres critères : rien ne
doit entraver le flux de l’économie ; rien, ni personne
ne doit se déplacer incognito.
Pourtant, depuis 2005, une résistance se structure.
Fin 2005, une troupe de clowns est intervenue dans
la cantine du lycée de Gif-Sur-Yvette et a saboté les
bornes biométriques pendant le repas de midi.
Diverses campagnes d’information ont eu lieu et certaines
oppositions réussissent à empêcher l’installation
de bornes biométriques.
Plus d’information sur http://panoptique.boum.org/

Identité contrôlée

Raconter une histoire de la carte d’identité et de sa genèse c’est raconter la création de l’intériorisation de
la nation par les individus et expliquer l’avènement de la bureaucratie d’état. En effet, comment expliquer
que la carte d’identité équipe chaque Français alors qu’elle n’est pas obligatoire ? Pourquoi cette soumission
à la police (prouver son identité) est-elle "librement consentie " alors qu’aucune contrainte physique ne
s’exerce sur les citoyens ?
Ce texte est un résumé du livre de Pierre PIAZZA : Histoire de la carte nationale d’identité.

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empreinte

Le XIXème siècle et la IIIème République


Jusqu’au milieu du XIXème siècle, la population est
extrêmement sédentaire. En effet la plupart des
gens meurent là où ils sont nés. Par exemple, en
1861, 88% des Français vivent dans leur département
d’origine. Nous sommes dans une société
de surveillance où le poids de la tradition et des
coutumes est très important, " l’étranger ", est
suspect. Le comportement envers l’étranger
oscille entre crainte et hostilité.
Le développement des transports ferroviaires
(1931 kilomètres en 1850, 14700
km en 1870) va accélérer la mobilité des
Français. Les déplacements s’accentuent,
pour le travail d’abord comme le montre l’exemple des maçons de la
Creuse. C’est le début de l’expansion
urbaine et de l’exode rural. La population
de la capitale passe de 1 million
d’habitants en 1851 à 2 millions en 1876 pour
atteindre vingt ans plus tard 2,5 millions de personnes.
L’accumulation d’habitants au sein des
villes rend prégnant le besoin de surveillance de
populations jugées dangereuses. Une surveillance
de tous les instants des personnes suspectes est
effectuée. La police recueille une multitude de renseignements
auprès des prostituées, des logeurs,
des brocanteurs, etc. Tous les trajets des meneurs,
agitateurs et opposants politiques supposés sont
étroitement surveillés. Cette logique de surveillance
en plus de l’observation passe aussi par l’utilisation
du passe-port intérieur et du livret ouvrier.
Entre 1870 et 1890, les déplacements sont tellement
facilités que la police de surveillance devient
inefficace, la population des centres urbains est
trop importante pour que les services de police
puissent reconnaître les individus " nuisibles "
noyés dans la population.
Au cours de la IIIème République, le sentiment
républicain et la nation prennent corps et force
grâce à l’école, l’armée et la conscription. Ces institutions
activent la diffusion d’images et l’uniformisation
des valeurs, des rituels et l’idée d’une unité
nationale. La troisième République impose dans
les faits la langue, les principes de droits et la
nationalité. La Marseillaise et la devise " Liberté,
égalité, fraternité " sont élevées au rang de symboles
de la république. La volonté d’une égalité de
traitements des citoyens entraîne la suppression
du livret ouvrier et du passe-port. On adopte une
règle pour l’acquisition de la nationalité française.
Puis, il faut protéger le marché du travail national
et privilégier les nationaux. Car les étrangers de
plus en plus nombreux sont " responsables du
chômage, exercent une concurrence déloyale en
acceptant de travailler à bas prix et font outrageusement
baisser les salaires ". Une loi autorise les
discriminations envers les étrangers, notamment
en matière de protection sociale. Il faut identifier
l’étranger du Français et la mise en carte des
étrangers commence.
De longs débats se mettent en place pour l’encartement
des nationaux mais le principe d’égalité
empêche la discrimination des citoyens.
L’encartement des vagabonds est rejeté au nom
de l’égalité des citoyens : tous ou personne. Mais
la lutte contre la récidive va ouvrir une brèche. La
propagande va régulièrement faire intervenir le
récidiviste, insaisissable, se cachant derrière de
multiples identités, abusant la police et les honnêtes
gens. " La loi sur la récidive est adoptée en
1885. La transportation ou relégation hors de la
France métropolitaine des récidivistes est automatique.
Se met en place une administration de reconnaissance
et de contrôle de l’identité pour éviter l’usurpation
d’identité. En 1886, s’installe une méthode
scientifique et non violente pour identifier à coup
sûr les individus. C’est le bertillonage : la
prise de mesure de certaines parties :
" La longueur et la largeur de la tête, la
longueur du médius, de l’auriculaire, de la
coudée ; du pied, en vingt secondes on
peut affirmer l’identité d’un individu ". En
plus de ces mesures, cicatrices, tatouages,
grains de beauté sont relevés ainsi
que les indications chromatiques (yeux,
cheveux, barbes). Cette technique de
fichage est tellement au point que de
l’application aux seuls récidivistes, et
condamnés, elle sera étendue aux vagabonds,
aux suspects, aux fous. Le passage même bref
dans un dépôt de police entraîne la prise systématique
des mesures. En reniant le principe républicain
d’égalité, à partir de 1912 un carnet anthropométrique
sera obligatoire pour tous les nomades.
Après la mise en carte des personnes, il faut créer
des fiches pour récapituler conserver, vérifier.
Encartage et fichage sont indissociables. Mais où
doit être le fichier ? Le choix de la préfecture de
police de Paris est tout indiqué. Le fichier va constituer
le double de la carte. Cet archivage va devenir
la mémoire de l’Etat.
“ L’archivage permet aussi aux honnêtes citoyens
d’être disculpé en évitant les confusions de personnes.
Quiconque en fait la demande peut être
fiché.”
En 1914, la guerre entraîne la suspicion envers les
étrangers. Le passeport est rendu obligatoire pour
les étrangers puis en 1917, la carte d’identité est
obligatoire pour tous les étrangers. Dans les
années 1920, un grand nombre d’immigrés arrive
pour combler les besoins en main-d’oeuvre. En
1926, il est interdit d’embaucher les non nationaux
qui ne possèdent pas de carte d’identité. Le travailleur
ne peut être embauché dans un autre secteur
que celui déclaré sur sa carte. La délivrance de
la carte d’identité se fait par les maires en fonction
de la bonne moralité du demandeur.
En 1921, le préfet de police de Paris, Robert
Leullier, instaure une carte d’identité de
Français dans le département de la
Seine. Il invente cette carte afin d’homogénéiser
les trop nombreux titres permettant
de justifier de son identité.
Compagnie de chemins de fer et associations
d’étudiants fabriquent des cartes
pour leurs clients et adhérents, permis de
chasse, permis de conduire, livret militaire,
livret de famille, certificats de bonne vie et
moeurs et domicile servent aussi de pièces justificatives
de l’identité. Le but de la carte d’identité de
Français sera d’être la seule et unique preuve d’identité
face aux forces de police. Cette carte non
obligatoire doit procurer des avantages afin que sa
diffusion se fasse rapidement dans la population.
Elle facilitera les " opérations de toute nature à
effectuer dans les bureaux de poste, notamment
le retrait des envois recommandés ou de leur
valeur déclarée, le paiement des mandats et les
remboursements de la Caisse d’épargne ". Sa possession
dispense le titulaire du passeport pour se
rendre en Belgique ou au Luxembourg. 25000 cartes
d’identité de Français sont délivrées par an
mais elle est circonscrite à Paris et au département
de la Seine. Sur le reste du territoire la diversité des
titres, de leur formes et de leurs contenus est tellement
importante que l’uniformisation n’interviendra
que vers 1939. Jusqu’à cette époque des
résistances se font sentir notamment sur l’apposition
des empreintes digitales. Cette prise d’empreinte
est vécue comme infamante car elle rappelle
les fiches anthropométriques des malfaiteurs.
Le recours à deux témoins - la preuve testimoniale
- est toujours d’actualité pour obtenir une carte
d’identité censée supprimer cette pratique. De
nombreux journaux évoquent les témoins professionnels
qui reconnaissent votre identité ou
signent une attestation de domicile pour quelque
sous et un apéritif.

Vichy


La troisième République est jugée responsable de
la défaite et de la paralysie des institutions. Le régime
de Vichy va " remettre en ordre " un Etat défait.
La République est déchue pour l’Etat français. Le
régime de Vichy veut imposer cette fois-ci un projet
pour la France. Ce sera un Etat moderne reposant
sur des institutions efficaces. Ce sera l’avènement
de la technocratie. Avec la proposition d’une
organisation scientifique du travail. UNIFICATION,
CENTRALISATION, RATIONALISATION seront l’idéal
défini pour l’administration.
Il est décidé de remédier à la diversité des titres d’identité.
C’est aux préfectures qu’est confiée la
tâche de l’encartement des Français.
Les demandes de carte d’identité de Français sont
reçues par les commissaires de police ou les maires.
Les requérants doivent fournir les pièces
authentiques justifiant de leur état civil et leur
nationalité. Les autorités transmettent alors à la
préfecture ces pièces justificatives et trois fiches de
renseignements. Outre l’état civil, ces fiches
contiennent les empreintes digitales, le signalement
et les photographies. La préfecture est alors
chargée de la confection de la carte. Elle l’envoie
aux autorités pour que le titulaire vienne la retirer
après convocation. Mais comme la France est
coupée en deux, une " carte postale interzone "
est établie pour la transmission des actes de
l’état civil d’une zone à l’autre.
La constitution de la carte d’identité obligatoire
va être une aubaine pour le service des
statistiques. Jamais, une entreprise aussi
systématique n’a été mise en oeuvre pour
connaître intimement chaque Français. Le
11 octobre 1941, le Service National des
Statistiques est créé. Ce service est destiné
à donner à la nation un corps de fonctionnaires
spécialisés dans des questions statistiques,
démographiques et économiques, nécessaires à la
conduite des affaires publiques. Il faut mettre en
chiffre les individus. C’est en les identifiant avec
précision et selon des modalités identiquement
définies que l’Etat pourra contrôler plus étroitement
les individus et voir son action sur la société
être davantage opérationnelle et renforcer sa puissance.
" En matière de démographie, l’information
statistique confère à l’Etat le regard souverain qui inquiète et force le respect, comme une omniscience
d’en haut, un oeil quasi divin qui regarde
tout et peut désigner chacun ". Le responsable
de la statistique, René Carmille met au point un
numéro d’identification personnel à 13 chiffres
basé sur les données de l’état civil (voir encadré).
Ce numéro d’identification, invariable depuis la
naissance jusqu’à la mort, permet aussi de caractériser
l’individu sans aucune ambiguïté. Présenté
sous forme d’un chiffrement, et non d’une forme
littérale, l’état civil des individus autorise une gestion
des masses plus facile. Destinée à être attribuée
à tous les citoyens, la carte d’identité de
Français apparaît comme le support idéal pour
utiliser de façon systématique le numéro d’identification.
Pour qu’il soit efficace, le numéro ne doit
pas être effacé, ni falsifié. Il sera composté sur la
première page de la carte d’identité. L’extrême
rationalisation du travail des services statistiques
contribue à renforcer l’efficacité de la carte d’identité
d’un point de vue policier.
La fiche de renseignement n°4 donnera des renseignements
très précis sur le demandeur et sa
famille. Ces renseignements seront très utiles au
service des statistiques. Ce service aura aussi le
projet de créer un carnet signalétique individuel
qui regroupera toutes les informations intimes du
porteur. Il comprendrait les renseignements sur
les origines raciales de l’individu, le casier judiciaire,
l’état civil et la nationalité, l’ancrage territorial.
Le carnet individuel conservera les traces des activités
et des relations avec l’étranger, des voyages.
Les aptitudes physiques et mentales seront portées
sur un feuillet spécial. Les performances,
prix, récompenses, appréciations des responsables
des camps de jeunesses. Toutes les informations
utiles pour diriger l’évolution de la race et la
nation nouvelle. Toutes ces données chiffrées
permettront au service de statistiques de connaître
les influences du milieu, de l’alcoolisme ou de
la vie au grand air sur les aptitudes aux vices, aux
crimes, etc.
Mais la carte d’identité de Français va surtout servir
à contrôler : tout changement de domicile
devra être envoyé au service des statistiques. La
carte servira aussi la logique d’épuration de la
nation. Quiconque n’est pas en accord avec le
modèle de Vichy sera un " étranger de l’intérieur ".
Elle va permettre de repérer qui est étranger, qui
ne l’est pas. Lors de l’établissement de la carte
d’identité des milliers de personnes vont être
déchues de leur nationalité. Mais on va créer un
nouveau citoyen : le Juif. Le gouvernement de
Vichy devancera les demandes de l’occupant en
décidant d’apposer la mention " Juif " sur les cartes
d’identité des Français de la zone Sud (2 juin
1941). Les cartes d’identité seront revêtues de la
mention à partir de mars 1942. Cette fois encore
pour rendre la marque ineffaçable, elle sera poinçonnée
à partir d’août 1943.
Mais cet encartement des nationaux ne sera pas
achevé. La pénurie de papiers pour les imprimés
et les cartes, le manque de bois pour le mobilier
et l’archivage, la lenteur des services statistiques,
tout concourt à ralentir la marche de l’administration.
La falsification s’organise. De très artisanale
et grossière au début, les fausses cartes d’identité
deviennent de bonne qualité. Certains
réseaux fournissent des kits de fabrication de
fausses cartes, parfois des employés de mairies
complaisants " perdent " les tampons officiels.
Des employés de préfectures réalisent de vraies
fausses cartes.

Après guerre


Toutes les mentions discriminatoires sont supprimées.
La mention "juif " et le mode d’obtention
de la nationalité française pour les étrangers
naturalisés sont supprimés. Il est délivré une nouvelle
carte d’identité. L’obligation de déclaration
de changement de résidence est elle aussi abolie.
Mais l’Etat a les plus grandes difficultés à se séparer
des apports de Vichy. Les services des statistiques
se transforment en INSEE. On décide de
mettre en place une nouvelle carte pour unifier le
titre d’identité, ce sera la carte d’identité nationale
cette fois-ci. Mais elle ne sera pas obligatoire.
En 1955 la carte d’identité change de forme mais
il n’y a plus de fichier central, elle est facultative et
la prise d’empreinte disparaîtra en 1974. L’objectif
de cette carte d’identité nationale est surtout de
"filtrer "les Français musulmans d’Algérie. La carte
nationale d’identité est réclamée pour obtenir les
" Autorisations de voyage ", les " Autorisations de
sortie accordées aux malades ", et " Autorisation
de sortie accordées aux familles ". La difficulté de
prouver son identité française va limiter l’obtention
de ces autorisations. Ces dispositions vont
disparaître avec l’assouplissement de l’obtention
des autorisations en 1958.
L’arrivée de l’informatisation va faire germer l’idée
d’un " titre d’identité polyvalent ". En 1968,
l’INSEE, les forces de l’ordre, et la délégation à l’informatique
vont travailler sur un titre d’identité
polyvalent. Son but est de rassembler sur un
même document les multiples renseignements
que les administrations détiennent sur les
citoyens afin de rendre cohérentes leurs actions.
Cette carte contiendra l’identité, le lieu de résidence
principale, les informations sur le casier
judiciaire, etc. Cet " instrument de commodité du
citoyen " rappelle en tout point le carnet signalétique
individuel car, en plus il servira de passeport,
carte d’électeur, carnet de santé, permis de
conduire, permis de chasse, permis de port d’armes,
etc. Le projet est abandonné en 1973 à
cause des réticences morales et des souvenirs du
carnet signalétique individuel mais aussi à cause
de difficultés d’entente entre les administrations
sur certains aspects techniques.
La première tentative de création d’une carte
informatisée commence en 1977, le but est de
résoudre les problèmes de l’immigration et de
sécurité et de rendre infalsifiable la carte d’identité.
On préconisera des gravures de la photo et de
la signature au laser directement sur la carte, une
piste de lecture optique pour que les forces de
police puisse très rapidement vérifier l’identité à
l’aide de terminaux informatiques. En 1981, ce
projet est abandonné car le ministère avait en
douce contourné les recommandations de la
CNIL. De plus la fabrication trop complexe et mal
conçue est un échec complet (77% de rebut à la
fabrication), voire impossibilité d’imprimer certaines
photos d’identité. Les alternances gauche
droite vont se succéder entre 1986 et 1993 faisant
avancer ou reculer, au gré des résultats des
élections, l’arrivée de la carte nationale d’identité
sécurisée. La vérification d’identité est très pointilleuse,
des dizaines de milliers de personnes
vont se voir refuser l’identité française, ou être en
devoir de fournir un certificat de nationalité.
Cette situation est due à la complexité des lois
sur l’immigration qui pousse les fonctionnaires
des préfectures à faire leur travail sans risque. En
cas de doute, il refusent. Les pouvoirs publics
peuvent vérifier la véritable nationalité de Français
nés dans les anciennes colonies ou départements
d’Outre Mer, les naturalisés par mariage,
nés en France de parents étrangers, nés à l’étranger
de parents français, etc. On parle de "
xénophobie d’Etat " dans les journaux. La carte
n’est délivrée que sur stricte présentation de deux
pièces justificatives de domicile, excluant de la
catégorie de citoyens les SDF. La carte est infalsifiable,
cependant on va sécuriser un peu plus le
dispositif. A partir de 1995, les justificatifs d’état
civil sont imprimés sur papier sécurisé.
Aujourd’hui se profile la biométrie, avec en plus
de l’empreinte, une photo devant répondre à des
critères précis (pas de sourire, dimensions strictes,
...).
Et pour demain la carte Identité Nationale
Electronique Sécurisée (INES), sans doute officiellement
obligatoire.

L.

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enfermement

Pierre PIAZZA : Histoire de la
carte nationale
d’identité, Odile Jacob, 2004.

Qu’est-ce que L’arTer rOr isme ?

C’est d’abord un jeu de
mots. L’assemblage de art
et errorisme, créant un
mot imaginaire à forte
puissance émotionnelle.
C’est aussi de la provocation
joyeuse (enfin pour
moi).
Art : Ce qui est présenté
sous cette forme ne correspond pas à de
l’artisanat ni à de la production industrielle.
L’art est toujours là où on ne l’attend pas et
c’est pour ça qu’il nous intéresse tant, qu’il
nous interpelle, qu’il nous fait courir, enrager
et réflechir.
Errorrisme : de erreur. L’Errorisme est un
mouvement protéiforme issu d’un collectif
baptisé Etcetera. C’est un mélange réjouissant
d’activisme urbain, de performances
frondeuses, de théâtre de rue et de chômage
heureux. Né à Buenos-aires, cet artefact
trop humain parie sur une rapide propagation
de son joyeux bordel (...).
Terrorisme : Il a toujours un but publicitaire.
Il permet de faire connaître, de rendre visible
un groupe politique, une lutte armée, une
action, une pensée,.
Depuis longtemps maintenant je me pose la
question suivante . Est-ce moi qui pense ? Ce
que je pense est-ce de moi ?
Ce que j’ai appris, en très grande majorité, on
me l’a appris, ce n’est pas moi qui ait fait le
souhait de l’apprendre. Une institution m’a
rempli de savoir. Mais alors pourquoi je pense
ce que je pense, y -a-t-il une errreur ? Voilà
un début d’errorisme
L’arTerrorisme peut avoir la forme d’une
action terroriste, on frappe et on fuit. Nous
ne sommes pas des martyrs, les héros ne
nous intéressent pas. La forme originelle
serait le graffiti et le pochoir.
L’arTerrorisme est un art activiste, il a un
fond politique. Il a une dimension sociale, et
contextuelle. C’est un art contemporain car
inscrit dans son époque, dans son temps. Sa
lecture fait appel à la culture populaire, il est
fait d’images. Il est protéiforme, c’est une
action politique, une exposition, un livre, une
affiche, un concert, etc.
L’arterrorisme est un provocateur.
“Le collectif Etcétera a été fondé en 1998 à
Buenos Aires, par un groupe de très jeunes
artistes issus de la poésie, du théâtre, des
arts visuels et de la musique. Fortement
influencé dans sa vision du monde par le surréalisme.
L’attitude d’Etcétera s’est radicalisée
notamment par son engagement dans
l’organisation de mouvements de contestation,
où le groupe déploie son énergie surréaliste
dans un esprit d’expressivité carnavalesque
Tout à fait dans l’esprit surréaliste, les
Erroristes internationaux affirment que "errare
humanum est", leur objectif étant de se
moquer de l’omniprésente assimilation de
toute contestation politique au nébuleux terrorisme
international, et utilisant l’humour
comme outil corrosif.
Dans le cas de tels groupes qui travaillent
sur la dialectique de l’invisibilité et de la visibilité,
ce paradoxe fait ressortir un impératif
éthique : comment l’art pourrait-il réconcilier
forme et contenu de manière adéquate pour
représenter l’absence de toutes ces personnes
devenues des "prisonniers fantômes"
dans des géôles clandestines, ou plus gravement
encore des quelque 30.000 personnes
assassinées par le régime militaire argentin
en moins d’une génération ? Car ce n’est pas
leur simple présence qui est absente, mais
bien plutôt leur absence qui est si terriblement
présente. Dans de telles circonstances,
et d’autres encore, l’art doit savoir
respecter cette absence par la sienne.”
Pour l’instant c’est une source possible de
nouveau modes d’actions. Cette source peutêtre
alimentée par l’imagination de chacun.
Un geyser surgit ponctuellement et rend
visible nos pensées à tous.
L’arTerrOrisme est partout, il n’existe pas.
Extraits d’un article de Stephen Wright.
http://www.banksy.co.uk/indoors/images/
feeling5.jpg

Zéro t i cket , zéro f raude !
Transports gratuits , utopie ou nécessité sociale ?

La gratuité totale des transports pour tous a comme corollaire le contrôle des transports non gratuits. Ces questions sont portées par des problématiques adjacentes comme la liberté de circulation, l’égalité d’accès, le désastre écologique, l’aménagement de l’espace urbain. Ce débat ne peut plus être considéré comme utopique puisque la gratuité des transports collectifs pour tous existe déjà dans certaines villes , la plupart dirigées par la droite : Châteauroux (40 000 habitants), Compiègne (30 000 habitants), Issoudun (18 000 habitants) ou Vitré (15 000 habitants).
Nous voudrions ici exposer quelques arguments et réflexions.

Liberté de circulation, égalité d’accès ou apartheid social

Les couches les plus aisées de la population sont celles qui paient le
moins cher leurs déplacements : frais de transport à la charge de l’entreprise,
véhicules de fonction (avec ou sans chauffeur), abonnement
en partie payé par l’employeur ou de toute manière possibilité d’avancer
suffisamment d’argent pour des achats en abonnement qui ouvrent
droit à des réductions.
Il est plus facile actuellement aux capitaux et aux marchandises de circuler
à travers le monde qu’à un précaire de traverser son département !
N’est-ce pas une dénégation de l’humain ?
Les transports en commun doivent être des services publics et
satisfaire les besoins sociaux. Que vaut le progrès s’il n’est
pas partagé par tous ?
Ce sont les précaires qui, sans possibilité d’avance de trésorerie,
paient leurs tickets, à l’unité, au prix fort. La tentation
est donc grande de voyager sans titre de transport.
Pour lutter contre cette tendance le contrôle s’intensifie.
Pourtant la mise en place de ces contrôles coûte très cher : à Marseille,
la billetterie représente à peine 30% du budget et ne rembourse pas
tout à fait la fabrication des billets, l’entretien des machines à composter,
l’installation des caméras de surveillance...
Les amendes et toutes les autres mesures de rétorsion infligées aux
passagers dans l’incapacité de payer leur ticket ne réussissent qu’à ajouter
à l’exclusion et à l’endettement.
Cette logique a pour effet d’assigner à résidence les plus pauvres (les
habitants des quartiers dits "sensibles") et d’augmenter les risques de
conflit avec les contrôleurs.

Écologie, aménagement de l’espace urbain, qualité de vie

La gratuité des transports en commun aurait des répercussions difficiles
à chiffrer mais appréciables pour tous.
Les conditions de travail des chauffeurs ne peuvent que s’améliorer :
moins de cause de conflit avec les usagers, moins de souci de performance.
Les contrôleurs débarrassés de leur rôle de collecteur d’impôts ne peuvent
qu’être plus disponibles, plus accueillants. Pour les inquiets craignant
la disparition de ce métier, on peut rappeler que la mise en place
de caméras, toujours plus nombreuses, et l’utilisation de machines à
composter ont déjà concouru à supprimer beaucoup de postes de
contrôleurs.
Un bus ou un train est un espace collectif : sans problème d’argent les
transports en commun peuvent aussi permettre de briser l’individualisme
et de recréer des liens entre les gens.
On peut espérer que la gratuité incite les gens à prendre les transports
en commun. A Compiègne où la gratuité est totale, pour tous depuis
1975, la fréquentations est passée de 4 000 000 usagers/trajets en
1996, à près de 5 000 000 usagers/ trajets en 2001. Cela
correspond à un taux d’utilisation environ deux fois plus
élevé que celui des villes françaises de taille analogue.
Cette fréquentation accrue entraîne une diminution du
nombre de voitures.
Cela signifie moins d’embouteillages, moins de bruit, moins
de pollution.
Cela permet de reconsidérer l’aménagement urbain : pistes cyclables,
zones piétonnières. Cela permet d’espérer des villes plus " humaines ",
des citadins moins stressés...

"Coût" de la gratuité

La billetterie ne finance que de 10 à 35 % des coûts de transport. La
municipalité de Vitré (Pierre Méhaignerie) en Ille et Vilaine a choisi d’opter,
en 2001, pour une gratuité pour tous les usagers en mettant en
avant des facteurs écologiques mais aussi parce que la municipalité
s’est rendu compte que la billetterie rapportait 150 000F pour un coût
total d’exploitation de 1 300 000F.
La ville de Compiègne (gratuité pour tous depuis 1975) équilibre son
budget " transports " grâce au "versement transport", taxe instaurée en
1987, et applique actuellement un taux de 0,55 % de la masse salariale
des entreprises de plus de 9 salariés. Cette recette permet de couvrir,
en plus des dépenses d’exploitation, les dépenses d’investissement,
d’aménagement des arrêts, d’impression des plans et horaires de bus
(distribués gratuitement).
Les impôts locaux, même si certains dégrèvements existent, sont payés
par tous. Les transports urbains sont tous largement subventionnés par
les communes. Avec quel argent peuvent-elles le faire ? Avec les impôts
locaux. Autrement dit, chacun de nous, en tant que contribuable, participe
déjà au financement des transports collectifs. Pourquoi en rajouter ?
Il est vrai que les transports urbains pèsent dans le budget d’une commune,
mais dans ce budget spécifique ce que rapporte la billetterie est
à peine compensé par ce que coûte le contrôle. Le contrôle doit bien
avoir une autre fonction que la vérification d’un apport financier.

Lois SRU et LSQ

Les bus ou les trains ont des horaires de passage sur chaque ligne. Ils
circulent régulièrement, même s’ils sont au trois quarts vides. Un bus
plein coûte-t-il plus cher qu’un bus presque vide ? Un chauffeur est-il
plus payé plus s’il a beaucoup de voyageurs ? Bien sur que non ! Alors
que l’on remplisse ces bus avec des personnes ne payant pas, cela ne
coûte pas plus. C’est sans doute ce raisonnement qui a conduit les
députés à voter, en décembre 2000, la loi dite SRU (Sécurité et
Rénovation Urbaine). L’article 123 de cette loi stipule qu’une réduction
d’au moins 50% doit être appliquée sur les tarifs des transports urbains
pour les précaires.
En 2001, les députés votaient la loi LSQ (Loi de Sécurité Quotidienne).
L’article 14 ter de cette loi crée, pour les personnes sans titre de
transport, un " délit d’inobservation habituelle des dispositifs tarifaires ",
dit de fraude d’habitude. Ainsi à la 11ème amende dans l’année le
contrevenant peut être sanctionné d’une " peine de six mois d’emprisonnement
et de 7 500 euros d’amende ".
Si l’on met en parallèle ces deux lois on peut penser que les déplacements des précaires à l’intérieur d’un espace défini (une commune ou une communauté de communes) est acceptable mais que notre société se méfie beaucoup du déplacement des plus pauvres sur un vaste territoire. Ne faut-il pas savoir où sont ces populations ? Et là, ce n’est plus un simple contrôle de titre de transport qui est en jeu !

S.

Ne circulez pas sans autorisation ! on veut vous voir et vous tenir à l’oeil !

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cage

Il y a très très longtemps, les romains utilisaient des feuilles de parchemin, collées bout à bout, pour inscrire
les actes administratifs. Ce rouleau (rotulus) est devenu un rôle et ce terme s’est conservé dans certains
métiers. En Angleterre, le rôle du parlement désigne les registres manuscrits sur lesquels sont inscrits les
actes du parlement. En France, la justice connaît le rôle du palais qui est la liste sur laquelle on inscrit les
causes dans l’ordre où elles doivent se plaider.
Mais, même en ces temps lointains, l’administration était méfiante et avait inventé le contre rôle. Le contre
rôle était un registre double tenu pour pouvoir vérifier le premier rôle.
Le contrôle est une contraction des mots contre et rôle.

A l’origine, la condition de l’être humain, encore
cueilleur, chasseur et pêcheur, était d’être itinérant,
quasiment en permanence. Au néolithique, même
si des campements de base existaient, se procurer
de la nourriture exigeait des pérégrinations longues,
aléatoires et liées aux aléas des saisons et de la vie.
La sédentarisation par l’agriculture et l’élevage a
créé de nouvelles conditions. Plus besoin d’aller se
balader pour trouver sa pitance. En même temps,
deux autres distinctions se sont instaurées quasiment
automatiquement : terres en culture et terres
non cultivées. Cela a entraîné la distinction entre
ceux qui vivaient de ce qu’ils prenaient dans la nature
et ceux qui ’produisaient’ ce qu’ils mangeaient.
Le conflit devenait inévitable : d’un coté la nécessité
de constituer des stocks de nourriture à cause de
l’immobilité de la population sédentaire, de l’autre
coté la nécessité du ’non-stockage’ (ou du flux
tendu comme on dirait maintenant) pour les itinérants.
D’un coté un travail régulier et rythmé, de
l’autre coté une activité, certes épuisante, mais
néanmoins aléatoire.
Des binômes contradictoires se sont installés
presque d’eux-même : cultivé en opposition à non cultivé
(dans les deux sens actuels du mot, terre travaillée
ou culture intellectuelle).
On pourrait même dire barbares (ceux qui ne cultivent
pas) et civilisés (ceux qui cultivent).
La structure même du mode de vie sédentaire a
produit la nécessité d’une vérification. Des stocks
importants communs (granges de blé) nécessitaient
une comptabilité, la création d’un rôle, d’un comptage
et donc aussi d’un contre-rôle (une vérification
que le rôle a été fait en bonne et due forme, sans
tricheries)... un contrôle donc.
Cela nous a amené beaucoup d’ennuis mais aussi,
accessoirement, l’invention de l’écriture.

Civilisé ou racaille, voire canaille

C’est clair les ’sédentaires’ ont pris le pouvoir et ils
gardent leurs peurs ancestrales. Ceux qui bougent
sont forcément dangereux mais éventuellement
utiles.
L’attitude envers les ’non-sédentarisés’ a toujours
été très ambiguë : ce ne sont pas des gens comme
’nous’ mais, cependant, ils nous apportent parfois
un plus. Les marchands itinérants apportaient et
apportent encore, dans nos campagnes, des choses
qu’on ne peut pas trouver chez soi. Les marins
vont loin mais nous apportent des épices. Et puis, ’le
voyage éduque la jeunesse’.
Maintenant, en plus, on voudrait bien que nos travailleurs
soient transférables d’un bout à l’autre du
territoire (et plus loin si affinité) afin de boucher les
trous du manque de main-d’œuvre occasionnelle
d’une entreprise du bâtiment ou de la restauration,
par exemple. Cela s’appelle la ’flexibilité’.
Mais la flexibilité doit être ’contrôlée’.

Bouge... mais en laisse !

Malgré l’ouverture des frontières, malgré les compagnies
d’aviations ’low-cost’, bouger reste un parcours
du combattant. Il faut déjà avoir ses papiers
(zes trèz, trèz important pour lez kontroles), avoir
payé son ’titre de transport’, n’avoir ni l’air trop basané,
ni trop ’bizarre’.
Bouger oui, mais bouger sous contrôle !
Notre société n’a rien inventé. Déjà, au XIIIème siècle,
on faisait une distinction nette et radicale entre
les ’bons pauvres’ (sédentaires) et les ’mauvais pauvres’
(qui se promenaient sur les routes). Au XIXème
siècle, existaient encore les ’cheminots’ ou ’chemineux’,
des vagabonds donc, des gens in-contrerôle-
able car non attachés à un lieu.
La même obsession paranoïaque semble se reproduire
aujourd’hui.
Les tracasseries que doivent subir les ’gens de la
route’, les tziganes, manouches ou autres “punks à
chiens” ne laissent aucune doute. La méfiance de la
communauté sédentaire envers ceux qui sont itinérants
reste la même qu’il y a 5 000 ans.
Pourquoi ? Parce que, au fond, nous sommes dans
un conflit non négociable. Nous nous définissons
par une logique d’appartenance ou de non-appartenance
et donc forcement aussi par une logique
d’exclusion .
L’exclusion, la mise ’hors zone’, demande une vérification.
Comment savoir si quelqu’un a le droit d’être
dans ’la zone’ s’il n’est pas listé, ou pour le dire
plus simplement n’est pas mis sur le rôle et donc pas
contre-rôle-able. Cette obsession de traçabilité traverse
les siècles, mais les moyens de contrôle sont
devenus de plus en plus sophistiqués. Bientôt nous
serons honorés d’une carte d’identité à puce et
pourquoi pas d’une puce implantée, traçable et
consultable à distance ?
Naturellement toute cette sophistication n’empêchera
pas des falsifications d’autant plus élaborées.
Souvenons nous que les faux billets d’euros sont
sortis avant les vrais, des vrais soi-disant infalsifiables.
Mais le problème n’est pas là.
Le contrôle de nos déplacements deviendra donc de
plus en plus idéologique et sans sens rationnel. Si le
contrôle est maintenu, ce n’est donc plus une affaire
de sécurité mais une affaire de rapport de domination.

C.

Ça cause un précaire

Précaire, pépère, ça existe ! Nous avons interviewé
un homme heureux de sa façon de vivre.

A quelle heure te lèves tu ?
R : c’est très aléatoire. Ca dépend du lever du soleil,
de mes intentions pour la journée, de mes états
d’âme. Ca peut donc varier de 5 heures du matin à
midi.
Comment tu t’intègres ?
R : que veux-tu dire par s’intégrer ?
J’ai juste essayé de formuler la question comme on
le fait d’habitude, personnellement j’aurais plutôt
demandé comment tu trouves ta place ?
R : assez facilement, trouver sa place dans un tissu
social n’est pas nécessairement lié à un emploi salarié
stable ni à une situation financière très florissante.
On peut avoir une activité sociale en dehors du
milieu professionnel et d’un engagement dans une
activité économique. De larges zones de la réalité
quotidienne échappent justement à ce milieu. Il est
parfaitement possible d’avoir des relations sociales
et des activités en dehors de ce cercle.
Mais matériellement comment tu subviens à tes
besoins ?
R : Bon, je triche. Je vis en France en concubinage,
mais je touche l’équivalent du RMI en Belgique, cela
me suffit.
Est-ce que ce monde pourrait tourner si tous faisaient
comme toi ?
R : bien sûr, je ne me sens pas du tout socialement
improductif. Pour l’instant à part mes activités associatives,
je travaille sur une recherche philosophique
du rôle historique de la marginalité dans la constitution
des paradigmes des mouvements sociaux. Je
crois bien que ce travail de chercheur indépendant
mérite bien mes 650 euros mensuel.
Ca fait pas beaucoup de pouvoir d’achat tout ça.
R : ton pouvoir d’achat est relatif et dépend beaucoup
de comment tu conçois tes désirs. J’ai naturellement
pas de voiture, ni de télévision, ni d’abonnement
de portable mais je peux avoir accès à ces
services à travers du matériel déjà en marche chez
des copains et des copines. Personnellement je ne
possède que quelques ordinateurs par ailleurs mis à
disposition des autres.
N’est ce pas difficile de s’organiser et de se projeter
dans l’avenir sans repères imposés ?
R : tu parles sans doute du problème qu’ont certains
retraités à gérer une certaine liberté de l’emploi de
leur temps de vie. En effet on n’a plus d’obligation
de se lever ou de se coucher à des heures prédéterminées.
Si on n’était pas soumis au dictat des heures
d’ouvertures des magasins on pourrait même
devenir nocturne. En réalité l’horloge biologique
prend assez vite la relève. Selon l’heure du soleil,
pendant une moitié de l’année, l’ouvrier qui se lève
à 6 heures du matin pour aller au turbin se lève en
réalité à 4 heures de la nuit.
D’ailleurs c’est justement une des plus grande jouissance
du non salarié de se réveiller simplement
quand il a fini de dormir. Quand à se projeter dans
l’avenir, finalement ce n’est que maintenant que je
trouve le temps de l’envisager, depuis que je n’ai
plus de travail salarié.

Les tours de passe passe de la hiérarchie

L’autorité nous tombe dessus.
J’ai été engagé et reconnu au titre d’éducateur d’internat
pour mineur par un Etat.
Engagé ? Dans ce cas, c’est accepter de faire ce qu’on
me dit contre monnaie. Une commande m’est passée
implicitement, celle de " tenir " des enfants. Afin de
permettre cela, je suis incorporé, je m’engage à être
une partie du personnel. Dès lors, l’autorité me
tombe dessus hiérarchiquement, verticalement. Au
sommet, et dans l’ordre, il y a les lois et l’Etat, les
administrations ministérielles, les collectivités territoriales
(région, département..), le directeur d’établissement,
le chef de service, et l’éducateur vient là-dessous.
A ses côtés on peut trouver des assistantes
sociales, des conseillers en trucs et en machins, des
psychologues, des enseignants, des greffiers et des
secrétaires, des directeurs, et aussi, des juges... Une
belle constellation d’acteurs plus ou moins conscients
du système qu’ils font tourner.
Le problème, c’est que l’autorité ça se partage hiérarchiquement,
le dernier maillon de la chaîne, il ne lui
en reste qu’un tout petit bout. A la manière des sousofficiers
de l’armée : les caporaux. Il paraît que ce sont
les pires... Car, au dernier échelon, les chefaillons frustrés,
humbles matons compressés des dispositifs
sociaux jettent leur dévolutions sur leurs subordonnés.
Des subordonnés ? Y aurait-il quelqu’un sous le dernier
échelon de l’éducateur ? Qui peut-il donc rester
sous les caporaux de l’éducation ? Ah, oui, il y a des
enfants, il y a des familles, des histoires d’êtres
humains. Des sujets qui, non contents de leur propre
destinée, doivent en plus se coltiner bénévolement
les envoyés des autorités.
Et ça leur prend un temps fou, ça les occupe. Car,
tout comme la prestidigitation, l’exercice de l’autorité
est conditionné par le fait que l’attention de l’autre
soit totalement fixé sur un point précis : le magicien
met en avant sa main gauche tandis que celle de
droite change subrepticement la donne du jeu de
cartes...
L’exemple type du rôle occupationnel du travailleur
social est contenu dans l’administration des demandes
d’habitat social où une commission fait patienter
1000 demandes d’une part pour 5, 10 voir 15 logements
réellement vacants. Du coup, les autres en
attendant ne font pas de vagues, ne revendiquent
pas de peur de ne pas obtenir gain de causes... Ceux
là n’ouvriront généralement pas de logement vides,
s’attacheront à bien payer leurs loyers, à être exemplaires
dans l’illusion que leur demande aboutisse.
L’autorité s’exerce donc verticalement, de haut en
bas, empêche toute revendication de remonter et
annule alors toute participation au changement
social. Le rôle objectif du travailleur social est donc ici
de constituer une couche isolante entre ses supérieurs
et la masse des sujets de droit, d’étouffer les
notes discordantes du choeur du chant social. Les
préoccupations de la base restent par là canalisées.
Le conflit, s’il reste confiné entre l’usager et le travailleur
social, n’a pas d’expression politique.
G.

Page locale :

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consommation

Biométrie, surveillance, high tech, on n’arrête pas le progrès !

Qui a dit que le
Limousin était
enclavé ? Qui pense
que nous sommes
arriérés, refusant
tout progrès technologique
 ?

Le lycée Giraudoux de Bellac (87), par
exemple, est à la pointe depuis la rentrée
2006 pour ce qui est de l’accès au
self : une borne biométrique (la première
de la région), avec lecture du contour
de la main, pré-enregistrée, libère le
plateau nourricier ! La machine a été
mise en place sans l’autorisation des
parents, mais c’est un détail. Progrès
oblige, rentabilité, gestion facilitée et …
contrôle : " Chaque parent saura désormais
si sa progéniture a vraiment déjeuné
au self ", dixit l’intendante. Car si on
peut échanger un ticket ou une carte il
n’en va pas de même pour le contour de
la main….
Une école primaire est elle aussi dans le
vent (glacial et mortifère) : depuis peu
une caméra surveille la cour de récré au
cas où… aucun incident grave n’a été le
déclencheur de ce choix pédagogique.
Alors quoi ? Ce qui compte, n’est-ce pas
que, dès les premiers moments de socialisation,
l’automatisation du contrôle
s’insinue dans la tête des générations à
venir ? Pour qui ? Pourquoi ?
“Je n’ai rien à me reprocher”
C’est évidemment toute la société qui est
concernée, à une vitesse d’autant plus
pernicieuse qu’aucune publicité n’est
faite lors de l’installation de ces nouvelles
techniques de contrôle telle que la
biométrie. High-tech ou pas, le contrôle
tout azimut de nos vies est programmé.
Qui est concerné ?
Les enfants et les ados comme on vient
de le voir. Les sans-papiers et ceux qui
les soutiennent, le réseau RESF notamment
 ; menace sur les maires, les assistantes
sociales pour " aide au séjour
irrégulier ", test ADN de la nouvelle loi
sur l’immigration ; les racailles, les chômeurs
et leur fabuleux " train de vie " ;
les faucheurs volontaires, les cracheurs
chinois, les résistants : syndicalistes,
grévistes, étudiants. En octobre le préfet
de l’Isère convoque un médecin urgentiste,
délégué d’association, pour le
réprimander sur des mails échangés à
propos de la politique de santé du gouvernement.
Les salariés : le centre de tri de Limoges
vient d’installer 50 caméras pour un
coût de 150 000 euros afin de filmer les
salariés. Sous une autre forme, par l’informatique,
les temps de pause sont
minutés.
Le monde du vivant en général : le puçage
avec RFID de tous les animaux d’élevage
(pour l’instant ovins et caprins) est
rendus obligatoire depuis le 1er janvier
2008 par la Communauté européenne
sous peine d’abattage du troupeau, les
semences sont brevetées par les multinationales
et même les recettes ancestrales
utilisées dans le jardinage, tel le
purin d’ortie. Un jardinier qui transmettait
ces savoirs a même été condamnés.
Qui ne l’est pas ? Vous qui n’êtes ni salarié,
ni chômeur, ni animal, ni être
humain…
L’étau se resserre plus particulièrement
encore avec le croisement des différents
fichiers existants. Les réseaux sont en
fait un maillage de plus en plus serré. Le
nombre des fichages ADN explose (il
n’avait été créé au départ que pour les
délinquants sexuels…). Les maires peuvent
dorénavant créer un fichier des élèves
de leur commune pour vérifier l’assiduité
scolaire et punir les familles qui
ne seraient pas méritantes à leurs yeux,
en lien avec les fichiers de la CAF. Ils
pourront consulter directement le
fichier Base-élève qui se met en place
dans les écoles et qui sera généralisable
à la rentrée 2009. Il y a quelques récalcitrants,
là aussi. Par exemple la mairie
de St Chamand en Corrèze (19) s’y oppose
et a voté son refus en décembre 2007.
Pour tous ces progrès,
merci la science !
Le salon Milipol à Paris en octobre
2007, salon de la haute technologie du
contrôle, présentait les nouveautés en
biométrie, vidéosurveillance, drone
volant à 10 000 euro pièce, idéal pour
surveiller les manifs, armes en tout
genre dont le désormais célèbre taser (le
pistolet qui dissuade en tuant).
Quant au centre des nanotechnologie de
Grenoble, Minatec, il nous concocte de
jolis gadgets (verres autonettoyants)
financés par l’Etat, la délégation générale
à l’armement, le commissariat à
l’Energie Atomique et des entreprises
privées. C’est dans la surveillance hightech
des masse qu’il excelle. La science a
donc fait don à l’humanité des puces
RFID, des micros puces sous cutanés
(facilite l’entrée en discothèque, suit les
prisonniers en liberté conditionnelle,…),
des bracelets électroniques à surveillance
satellite : le nombre d’ex-détenus en
" bénéficiant " s’accroît, ainsi que le
territoire couvert. IBM vient d’expérimenter
ce bracelet avec RFID aux
urgences de l’hôpital de Nice pour que
les malades ne se perdent plus dans les
couloirs (éventuellement pour baisser le
nombre de soignants ?).
N’oublions pas notre sympathique et
familier téléphone portable ! Nous sommes
49 millions en France à être sous
écoute potentielle ! C’est la surveillance
rêvée (Raul Reyes en
sait quelque chose),
quoi de plus banal
que ce petit objet ?
Pourtant un simple
coup de fil à l’opérateur
et hop….
L’autorisation d’écoute
étant valable 4
mois, les flics auront tout le loisir de
creuser un peu vos relations. Au passage
l’opérateur touche 700 euro. Les polars
ne sont plus ce qu’ils étaient, la filature
se fait sur l’écran et fini les faux plombiers
 ! Il suffit que le téléphone soit en
veille pour que l’écoute soit possible.
Veut-on réellement notre bien ?
Les arguments utilisés sont connus
aujourd’hui : lutte contre le terrorisme,
la délinquance. Oui, leurs intentions
sont donc pures et disons-le carrément
humanitaires. Tout comme celles des
multinationales qui oeuvrent dans ce
domaine. Par exemple, le marché RFID
n’est estimé qu’à 8,4 milliard de dollars
en 2012. L’humaniste Michèle Alliot-
Marie ne s’en cache pas : " La sécurité
de demain est un vaste défi, c’est aussi
une formidable perspective de développement
pour nos entreprises si elles
savent faire preuve d’imagination technologique
" (au salon Milipol). Le
fameux Livre bleu du Gixel est éclairant
sur la manne financière que cela rapportera
à ces entreprises.
Veut-on réellement notre bonheur ?
Evidemment ! Quoi de plus beau, disent-
ils qu’un monde sécurisé où les flux
humains sont maîtrisés ; où tout est traçable,
tracé ? Où même les comportements
s’autocensurent par instinct.
Nous sommes certes terrorisés car le but
est d’instaurer un climat répressif et de
suspicion sur la société entière - matés
mais surtout de plus en plus récompensés
au mérite pour nos pensée, habitudes
de consommateur, nos relations
normées.

Mais nous, voulons-nous de ce bonheurlà
 ?

Derrière cette surveillance tentaculaire,
se cache une remise en cause profonde
de l’être humain. Par la biométrie, une
partie de notre corps, devenu information,
indic’, ne nous appartient plus.
Comme un dédoublement et l’intégrité
n’est pas plus totale. Un fait est révélateur
de ce renversement du statut donné
à la liberté : à Paris, avec le pass Navigo
qui permet de suivre à la trace tous les
usagers, il faut payer cinq euros de plus
pour avoir droit à la confidentialité…
Si dans la sphère publique, au sein des
entreprises, la surveillance s’étend, elle
s’immisce maintenant dans la sphère
privée et dans nos corps. Il faut réagir et
vite !
Mais au fait, qui contrôle Sarko ? Il
paraît que c’est nous ! ah, bon !

M.

Contacts divers :
Des bergères et des bergers en
révolte, rue du Port, 81500 Lavaur (par
rapport au puçage des ovins).
Collectif d’opposition grenobloise
aux nanotechnologies (OGN) :
http://ogn.ouvaton.org/
www.piecesetmaindoeuvre.com
http://panoptique.boum.org
Livre bleu du Gixel (Groupement des
Industries de l’interconnexion des composants
et des sous ensembles électroniques.
RESF 19 : réseau éducation
sans frontière, 2 rue de
la Bride 19000 Tulle.
Tel : 05 55 26 42 12,
Fax : 09 58 60 08 33
Mail : resf19@free.fr

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