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Renault Sandouville:l’enfer de l’intérim, le piège à précaires de l’ASSEDIC

lundi 20 octobre 2008, par une précaire

Renault Sandouville, on en a beaucoup parlé ces dernières semaines : de loin, une lutte d’ouvriers de longue date menacés d’être virés comme des chiens, comme souvent dans l’industrie automobile.

Mais encore une fois, les précaires de l’usine sont restés presque invisibles.

jusqu’en janvier 2008, il y avait près de cinq cent intérimaires quasi permanents sur le site, dont des femmes, comme celle dont le témoignage est reproduit ci dessous. Dans les mois qui ont suivi, les intérimaires restants ont vu leur contrat non renouvelé. Mais d’autres étaient partis d’eux même avant, parce qu’ils avaient vent des rumeurs de non renouvellement et parce que les conditions de travail de plus en plus dures n’étaient pas tenables.

Certains ont été embauchés par une société sous traitante de Peugeot : dans la plupart des régions, l’intérim au quotidien, c’est ce passage récurrent de boite en boite, les intérimaires constituent une main d’oeuvre qui tourne en fait sur les grosses entreprises en flux continu, mais toujours sans embauche en CDI.

Seulement, le sous traitant a lui aussi débauché les intérimaires : et c’est là ou le piège à précaires se referme inexorablement.

La démission, même d’une mission d’intérim avant la fin du contrat bloque l’attribution des droits ASSEDIC, à moins qu’une commission n’en décide autrement au bout de quatre mois ou qu’on n’ait bossé six mois depuis cette démission.

Le témoignage ci dessous décrit des conditions d’emploi terribles : mais au delà de la dureté des conditions de travail, c’est le jeu des règlementations définies par l’Unedic, et la manière dont elles permettent d’indemniser un minimum dans le cadre d’un marché de l’emploi ultra flexibilisé qui retiennent aussi l’attention.

J’ai travaillé neuf mois en tant qu’intérimaire cariste au sein de renault sandouville (prés du havre).A partir du moment où Renault a été en grosse baisse d’activité, les salaires ont baissé et les contraintes d’horaires et d’efforts de rendement se sont fait sentir à notre niveau d’intérimaires.Mon poste de cariste,c’était le rangement et la préparation de commandes.

La place "préparation de commandes "était attribuée à un "ancien" comme on dit là bas, que j’aidais et que je remplaçais lorsqu’il n’était pas là.

Je rangeais aussi à la réception des camions.( au nombre de cinq si je me souviens bien) mais en plus de cela, je faisais reception des taxis( véhicule léger) .Je faisais également le trajet pour apporter à l’autre bout de la gare des piéces arrivées via taxi, je faisais les commandes urgentes (cad prendre les feuilles des pièces demandées à la réception,ensuite la trouver dans l’amas de référence pièces arrivées des derniers camions),je vidais les trains intra usine et j’allais les placer à leurs places respectives pour les fournisseurs.

Quand j’étais d’aprés midi en plus de tout cela,je faisais ce qu’on appelle la boulonnerie(c’est à dire aller déposer la quarantaine de palettes de boulons à une gare routière à proximité).

Ils m’ont épuisée.Les heures en plus le soir,les samedis travaillés.

Pas tout le temps, mais sur certaines périodes pour "rembourser" les périodes de chômage que je n’avais (et d’autres intérimaires)pas choisies.Mais c’était la loi.A la fin, c’était tellement éreintant,et,trés speed, que je ne pouvais prendre mes trois pauses lorsque j’étais d’après midi.Celle de milieu d’après midi,je ne pouvais pas la prendre puisque je devais ranger le stock arrivé des camions,vider les trains pour faire la place au préparateur de commande et la boulonnerie.J’avais un premier chef,un jeune,trés compréhensif,qui me donnait une aide lorsque le travail se faisait trop lourd mais ca a changé en pleine crise.

Un autre est arrivé , il me laissait me dépatouiller toute seule (la situation avait déjà pris une trés mauvaise pente)une fois je lui ai même demandé qu’il me donne une aide ,il m’ a carrément dit "Rien n’est impossible".

Et dés que je voulais me fumer une cigarette (et je le faisais quand je le pouvais car si déjà je me supprimais une pause pour le travail je vois pas pourquoi j’aurais fait une telle ânerie que de fumer alors que le travail m’attendait) , j’en prenais pour mon grade.J’ai même fait un malaise sur l’engin un soir, j’en pouvais plus, j’ai vu le sol au plafond, je tremblais de partout.J’ai juste eu le temps d’avoir le reflexe de laisser mon engin sur place,l’éteindre et aller me mettre dans un coin au frais dehors,accroupie.

Les rumeurs de non reprise des intérimaires s’amplifiaient et ça devenait tellement dur que j’ai démissioné avant la fin de ma mission pour atterrir dans une autre société GEFCO, un sous traitant de chez Peugeot.En plus, je voulais prendre les devants avant la grande vague de licenciements et ne pas me retrouver en concurrence avec la grande masse d’intérimaires en soif de travail Comme j’avais lâché Renault, j’ai perdu beaucoup d’argent, tout ce qui m’était du ne m’a pas été payé, et pas de prime de départ, je suis partie avec deux cent euros.

Quelques mois après mon départ, ils ont renvoyé tous les autres intérimaires.

Chez GEFCO, au début, on m’a dit qu’on aurait besoin de moi jusqu’en décembre, puis ils ne savaient plus, puis ils disaient un jour quelque chose, le lendemain autre chose.Et le 19 août 2008, ils m’ont gentiment remerciée. J’avais fait deux mois et demi.
Juste avant, j’avais eu de la chance, ils n’avaient pas renouvelé 60 intérimaires pour baisse d’activités mais mon dernier contrat ne pouvait être cassé avant terme, donc j’ai eu quelques jours de plus.

Seulement comme j’avais démissionné de chez Renault, ils n’ont pas voulu m’ouvrir de droits ASSEDIC.

Le dossier doit repasser en commission après deux rejets.En cinq mois, je n’ai pas eu un seul rendez-vous ANPE, je cherche du travail mais rien. C’est un agent assedic qui m’a eu un rendez vous à l’anpe, car il est intervenu auprès d’eux.

Je n’ai aucune ressource depuis le 19 août, si mon loyer de septembre a été payé, c’est qu’on m’a généreusement donné six cent euros. J’ai une fille de deux ans, j’ai moins de vingt cinq ans, on m’a dit que je n’ai pas le droit au RMI ( Note d’AC ! : c’est une mauvaise information, le RMI est accessible quel que soit l’âge si on a un enfant à charge )

Que puis je faire ? Etre à 25 ans sdf ?J’ai rendez vous avec la mission locale pour un suivi particulier...L’anpe me fait rire...Soi disant qu’ils vont m’aider..Parce que la mission locale va me payer mon loyer,mon assurance,la nourriture pour ma fille etc etc etc...

Ils me font jongler,j’en peux plus de vivre dans le doute.

Chaque jour qui passe j’attend leur reponse quant à mon dossier et ainsi prendre mes dispositions si besoin est et ne pas me retrouver ejectée comme une malpropre de mon appartement avec les huissiers aux fesses...Je sais je vois loin mais ca va si vite...

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