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Expulsion des sans papiers de la CSP 75 : la Bourse du Travail redevient un cimetière des luttes.

vendredi 26 juin 2009, par AC ! Paris

L’expulsion des sans papiers de la Bourse du Travail de la Rue Charlot n’est pas une surprise.

Pour tous ceux qui n’ont pas l’honneur d’appartenir au sérail des « mouvements représentatifs », les Bourses du Travail sont depuis des lustres à peu près aussi inaccessibles que les salons du MEDEF.

Quiconque a eu l’occasion d’aller y assister à une réunion en temps ordinaire aura d’abord remarqué le vide sidéral et le silence pesant des lieux : salles poussiéreuses,couloirs déserts où errent des vigiles privés, bureaux immenses pour quelques permanences éparpillées, auxquelles il faut faire la queue comme à la CAF pour espérer se voir dispenser quelques conseils, quand l’adhésion n’est pas obligatoire pour en bénéficier.

Tous les collectifs de précaires qui n’ont pas la chance de connaître un syndiqué solidaire et bien placé dans l’organigramme abscons et absurde des confédérations , tous ceux dont le discours n’est pas suffisamment complaisant avec les syndicats tels qu’ils sont, savent bien que les responsables des lieux préfèreront garder les salles vides plutôt que les remplir d’éventuels « éléments incontrôlables », catégorie qui tend à s’étendre avec le temps, tant la paranoia des bureaucraties se nourrit de la montée des luttes, et de la difficulté de plus en plus grande à berner la base des salariEes, syndiquéEs ou non .

Cette évacuation est certes un coup porté aux collectifs occupants, mais tous ceux qui luttent savent bien que l’absence de moyens matériels est un handicap bien moins lourd que le manque d’indépendance face à la gauche syndicale ou politique.

Cependant, cette évacuation est aussi le plus grand des aveux de faiblesse qu’aient données les bureaucraties syndicales parisiennes depuis des années.

De toute évidence, si la Bourse du Travail avait été initialement occupée par des travailleurs en lutte, elle n’aurait pas pu l’être contre leur gré par la CSP 75, et en tout cas pas sur la durée. Si les occupants avaient été les " minoritaires manipulés" que nous décrit la commission administrative intersyndicale qui gère les lieux, alors qu’auraient ils pu faire face à la masse des syndiqués ?

Certes la base syndicale n’est pas venue en masse défendre les occupants, mais force est de constater que toute cette année, les directions ne l’ont pas trouvée non plus très motivée à défendre et à reprendre la Bourse du Travail.

Les bureaucrates peuvent toujours évoquer avec des sanglots dans la voix, les prétendues innombrables activités entravées par la présence des sans papiers, toujours est-il que les salariées bénéficiaires de ces activités ne sont guère manifestés pour déplorer leur cessation.Il n’est donc resté aux bureaucraties que l’appel aux forces de l’ordre et à la Ville de Paris, ce que tous les salariées de cet employeur comme les autres devraient méditer avant de faire confiance à ces mêmes bureaucraties syndicales pour la menée de leurs luttes

Plus d’un an d’occupation, de combat et de vie dans ce qui était devenu un cimetière des éléphants , c’est donc en soi le signe d’une montée des luttes qui ne trompe pas.

Et la reprise de la Bourse du Travail par les sans papiers aura été non seulement une avancée pour leur propre mouvement, mais aussi pour tous les autres collectifs de précaires de tous statuts, de toutes nationalités, qui en sont tenus à l’écart depuis des dizaines d’années.

Ce que les sans papiers ont repris aux bureaucraties syndicales, c’est ce qu’ils nous avaient volé à tous.

Pas seulement la Bourse du Travail, mais aussi notre parole , celles que leurs représentants trahissent à chaque négociation à l’UNEDIC, dans les Conseils d’administration des CAF , dans les commissions à radier les chômeurs et précaires auxquelles ils participent sans vergogne.

Eu égard à ce que cette occupation a représenté pour nous tous, dans le long chemin vers l’autonomie des luttes, la solidarité minimale, outre celle qui consiste évidemment à participer chacun à notre manière, à la lutte pour l’égalité des droits, c’est de ne plus mettre un pied dans les Bourses du Travail , tant que nous n’en aurons pas, ensemble repris les clefs.

Ac ! Paris
Reseau Solidaire d’Allocataires
25 juin 2009

Communiqué de la CSP 75 après l’évacuation policière et syndicale de la Bourse du Travail Occupée

ILS FONT LA GUERRE AUX SANS-PAPIERS !

Le 24 juin restera comme un jour noir dans l’histoire du mouvement des sans-papiers en France mais surtout dans l’histoire du syndicalisme français.

C’est hier en effet que les travailleurs sans-papiers isolés qui occupaient depuis bientôt 14 mois une partie des locaux de la Bourse du travail, 85 rue Charlot, à Paris, pour mener une action d’ensemble visant à obtenir leur régularisation à partir d’un « lieu ami », ont été expulsés.

Cinq jours après le communiqué de la CGT précisant que la Bourse du travail devait être « libérée », voilà donc la chose faite, et de la manière la plus violente.

Une centaine peut-être de membres du service d’ordre de la CGT, sur le coup de midi, profitant du fait que la majeure partie d’entre nous étaient partis à notre manifestation hebdomadaire du mercredi, ont subitement envahi la cour, cagoulés ou masqués, matraquant les
hommes et gazant tous les présents, femmes et enfants. Des personnes ont dû être hospitalisés et le petit Mohamed, la mascotte de la Bourse occupée, bien connu de tout le monde, et une femme, viennent seulement de sortir, après 24 heures d’hôpital.

La densité des gaz était telle que Sissoko, notre coordinateur, accouru aux cris, est tombé évanoui dans la cour et ce sont les femmes, réfugiées entre-temps à l’intérieur, qui sont ressorties pour l’y transporter à la force des bras.

Nous nous sommes barricadés dans la grande salle, et la police est alors intervenue, appelée par des gens du voisinage inquiets à cause des grands cris et de la fumée des lacrymogènes.

Dans un premier temps, le commissaire a veillé à empêcher notre affrontement avec le service d’ordre de la CGT.
Celle-ci a appelé la Ville de Paris, propriétaire de l’immeuble, qui a
immédiatement (ce qui prouve qu’elle était d’accord) réquisitionné la police.
Le commissaire nous a alors imposé l’évacuation des locaux, exigeant même, d’après les instructions reçues, notre départ immédiat sans récupération de nos affaires (ce qui, par le passé, s’est souvent soldé par la perte d’effets et documents personnels).

Nous nous sommes opposés et, appelés par nous, nos camarades partis en manifestation sont rentrés. Le rapport de forces a été en quelque manière rétabli, une partie ayant pu même rentrer dans la
grande salle par l’accès du boulevard du Temple, contrôlé par nous. Le
commissaire a alors accepté de nous faire récupérer toutes nos affaires. Cette opération était terminée un peu après 19 heures.

Depuis, nous sommes campés sur le trottoir du boulevard du Temple à plusieurs centaines (une liste de 600 sans-papiers présents a été dressée hier soir) et attendons que les maires du troisième et deuxième (qui s’y sont engagés) nous trouvent un lieu apte à nous
héberger et surtout où nous puissions, sans être dispersés, poursuivre notre action pour obtenir la régularisation de nous tous. Nous sommes dans l’attente d’un rendez-vous que nous a promis le ministère de l’immigration pour discuter les critères de notre régularisation. C’est maintenant le moment le plus mal venu pour affaiblir notre mouvement et, quant à nous, de baisser les bras.

La lutte continue !

Paris, le 25 juin 2009
CSP 75

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