AC ! Réseau - Agir contre le chômage et la précarité

Accueil > Actualités sociales > Pôle emploi et le placement privé : un précaire, ça peut rapporter (...)

Pôle emploi et le placement privé : un précaire, ça peut rapporter gros

Trajectoire emploi

vendredi 29 janvier 2010, par RTO Paris

Le placement privé des chômeurs est désormais installé dans le
paysage. Sa réalité concrète a été évoquée lors des premières
collaborations du Pôle Emploi avec de grandes entreprises du secteur :
Ingeus, Altedia et autres agences d’intérim.

Très peu depuis finalement. Hormis dans les dénonciations presque
rituelles des syndicats du Pôle Emploi, dénonciations ambiguës au
possible : le placement serait une mauvaise chose parce que le vieux
modèle du contrôle public des chômeurs en serait presque une bonne.

La nostalgie de l’ANPE est moins répandue chez les chômeurs et
précaires, elle est de toute façon parfaitement inutile, pratiquement
parlant. Aujourd’hui, beaucoup des nouveaux entrants dans le système
Pôle Emploi recevront directement une convocation chez un opérateur du
placement privé. Beaucoup d’autres, à moins d’une combativité sans
failles ou d’une réaction collective, finiront par accepter un stage
de six mois chez l’un ou l’autre, par crainte légitime d’une
radiation.

Aussi, la question se pose, concrètement :

comment organiser la résistance au contrôle, chez ces opérateurs privés

, et là comme ailleurs, tenter la rencontre entre les précaires des
deux côtés de la barrière ?

Le récit qui suit est une première réponse : il évoque une visite
collective chez l’un de ces opérateurs, quelque part en Ile de France,
à la suite de l’orientation contrainte d’une précaire par le Pôle
Emploi. Si, contrairement à nos habitudes, nous restons aussi
imprécis, c’est tout simplement que nous y avons rencontré un camarade
de l’autre côté du miroir. Un salarié en CDD, sur la chaise éjectable,
qui a pris le risque de confier à un collectif de chômeurs et
précaires tout ce qu’il savait du fonctionnement de sa boite et de ses
relations avec le Pôle.

Un savoir qui, en l’occurrence, protégera la précaire concernée des
tentatives de radiation et de harcèlement, parce qu’il dévoile ce qui
se cache derrière le placement : des sommes énormes investies dans une
machine qui tourne à vide, sans rapport aucun avec ce qui est promis
et écrit.

Arrivée dans les lieux. Nous nous attendions à un grand local, la
prestation ayant été décrite par le Pôle Emploi comme un
accompagnement « intensif » et « personnalisé », avec au minimum un
entretien par semaine, et trois entretiens d’embauche à décrocher !

Comme l’entreprise en question revendique plus de 10 000 demandeurs
d’emploi accompagnés et 20 000 allocataires du RSA sur tout le
territoire, nous nous disions que l’Ile de France devait avoir des
agences importantes. D’autant plus que celle-ci est censée couvrir
plusieurs communes.

Or, nous découvrons un local d’une seule pièce d’à peine vingt m2, et
un seul salarié. Son bureau prend la moitié de la pièce séparée par un
espace étroit d’une table avec quatre chaises. Sur le bureau, un mini
ordinateur portable, de ceux qui font mal au dos et aux yeux au bout
d’un quart d’heure, un énorme fax et un téléphone, modèle huit euros
au bazar. Une machine à café et un four micro-ondes, même échelle de
prix.

Nous avons un doute, il s’agit peut-être juste d’un bureau pour
remplir le formulaire d’inscription avant d’être orienté vers les
locaux où l’on est censé trouver des « ressources élargies pour la
recherche d’emploi ».

Et bien non, le salarié nous explique que le « suivi intensif et
personnalisé », c’est bien ici que c’est censé se passer.

Pour 156 demandeurs d’emploi, très exactement, en ce moment. Et non,
il n’y a pas d’autres salariés.
Au départ ils étaient trois, mais les deux autres ont lâché l’affaire.

Pourquoi ? Parce que ce poste n’est pas un CDI, ni même un CDD. Il
s’agit d’un CDDU. Un CDDU, c’est un CDD qui peut être renouvelé
indéfiniment, sans que le salarié ait à être averti dans un délai fixe
avant la fin du contrat, et sans qu’il ait droit aux primes de
précarité.Peut-être aussi parce qu’il n’y a aucun cahier des charges
leur expliquant précisément ce qu’ils sont censé faire. Le flou
artistique, quoi !

Légalement, il est utilisable dans les secteurs « où il est d’usage
constant de ne pas recourir au CDI en raison d’une charge de travail
imprévisible et fluctuante". Logiquement, le secteur d’emploi doit
être autorisé par décret, mais l’utilisation du CDDU peut également
exister si les syndicats représentatifs l’ont accepté dans un accord
de branche…

Bref, la précarité à durée indéterminée. Là par exemple, notre salarié
a été reconduit….pour un mois. On lui a fait comprendre qu’il n’était
pas assez performant dans son travail administratif.

Pourquoi reste-il alors que les autres sont partis ? Pas à cause du
salaire, il a fait ses calculs : il touche 28 centimes de plus par
jour qu’avec ses allocations chômage.
Mais justement, il a été deux ans et demi au chômage. Deux ans et demi
à regarder approcher la fin de droits.

Alors, forcément quand un collectif de chômeurs débarque, il n’a pas
la même réaction que les salariés du Pôle. Nous parlons la même
langue, parce que nous avons la même expérience.

Derrière « suivi personnalisé », nous mettons le même ordinaire.

La formation précise que ce salarié n’a jamais pu obtenir des ASSEDIC,
pourtant, c’était celle de « conseiller d’insertion » ! Mais voilà,
une fois réussie la batterie de tests, il n’y avait plus de
financement possible pour les chômeurs ; uniquement des places pour
les CIF salariés.

Le mépris aussi de certains agents du Pôle Emploi. La fois où il a
craqué, hurlé et où la police est venue.

Le boulot de vacataire qu’on accepte, en espérant que ça permettra de
rebondir sur du stable et du mieux payé. Et en fait de rebond, le
CDDU, ici dans une entreprise de placement privé.

Mais les projets qu’on garde quand même, et donc le recul sur le
boulot qu’on fait provisoirement.

On rit très vite de ce qui n’est pourtant pas drôle : la formidable
machine à faire du fric pour pas cher qu’est cette entreprise de
placement.

Il n’y a pas de salarié, en effet, et pas de moyens, non plus. Même
pas un box en carton pour créer un semblant d’intimité, pas de
photocopieuse, pas d’ordi, pas de téléphone pour les précaires censés
être suivis de près.

D’ailleurs le calcul est vite fait : cinq jours par semaine, 156
chômeurs à recevoir au moins une fois. Ca en fait 31 par jour, en huit
heures de boulot. Donc 15 minutes par demandeur d’emploi, s’il n’y
avait que ça à faire.

Mais notre salarié est aussi censé accueillir les nouveaux. Et créer
un réseau de contacts avec d’éventuels employeurs. Ses patrons n’en
ont aucun à lui fournir, visiblement. Et également effectuer des
recherches sur les formations accessibles, corriger des CV et des
lettres de motivation.

Et surtout, rendre des comptes au Pôle Emploi. Et ça, c’est le
principal pour son employeur. Pôle Emploi, en effet, exige bien plus
du discours que du résultat. Sur le papier, le « suivi renforcé » doit
exister. Alors, ce sont des pages et des pages à remplir,

du vent à transformer en dur.

Avant notre arrivée, le salarié était ainsi occupé à annuler tous ses
rendez-vous des jours suivants, car son superviseur national montait
en Ile de France récupérer ces fameux dossiers, en urgence, et le
délai était très bref pour les remplir.

Seulement, dans l’intervalle, deux autres chômeurs envoyés par le Pôle
sont arrivés en plus de la personne que nous accompagnons.

Un peu méfiants au début, ils disent être venus là parce que la
prestation leur a été présentée comme « un bon moyen de retourner vers
l’emploi ».

Et puis, vu la tournure que prend la discussion, les langues se
délient. Le premier est en fait furieux et écoeuré : il a déjà une
expérience et des offres d’emploi concrétisables dans son domaine,
mais il lui manque le permis. Il a frappé à toutes les portes :
impossible de trouver un financement. En lieu et place, sa conseillère
lui a fourgué cette prestation, avec le papier qui menace de radiation
si elle est refusée sans motif valable. Il a un entretien une heure
plus tard à l’autre bout de Paris, qu’il va peut-être manquer.

Le second affirme au début qu’il ne risque pas la radiation s’il ne se
présente pas, que son conseiller lui aurait dit que ça se passe bien.
Le premier lui conseille de ressortir sa convocation et de regarder en
bas. La menace de radiation y est.

Car le placement privé ne sert pas à retrouver un emploi, mais à
perdre ses droits

. Nombreux sont ceux, en effet, qui rebroussent chemin direct en
comprenant ce qu’est réellement la prestation, ceux qui abandonnent en
cours de route sans imaginer que cela puisse être suivi d’une
sanction.

Et ce sont évidemment et en premier lieu ceux qui doivent
impérativement trouver un boulot très vite, courir dans tous les sens
pour ça, et ne pas perdre de temps, parce que la différence entre leur
maigre allocation, et les dépenses auxquelles ils doivent faire face
est abyssale : les crédits, le loyer, par exemple.

Et comme l’avoue honnêtement le salarié, il ne peut pas grand-chose
pour eux. Sauf exception : par exemple, le mois dernier un chômeur l’a
informé qu’une place d’ambulancier était disponible, mais qu’il
fallait plus d’expérience qu’il n’en avait. Le salarié y a envoyé un
autre demandeur d’emploi qui correspondait.

Dans cette agence de placement, en tout cas, il se produira ce qui ne
nous est pas arrivés depuis longtemps au Pôle Emploi. Une discussion
ensemble, précaires des deux côtés de la barrière, dont la direction
ne saura rien.

Nous estimons les profits incroyables que doit générer l’activité. Pas
de coûts de production autres que quelques salariés sous payés, et le
loyer des locaux dont il est possible qu’il soit subventionné en
partie.

Le coût du placement privé, c’est approximativement 3 500 euros par
chômeur. Même si on suppose cette entreprise particulièrement
compétitive et qu’on estime la prestation à 2 000 euros par tête, ça
fait, pour cette seule agence :
2 000 euros x 156 chômeurs = 312 000 euros de chiffre d’affaire pour 6
mois, soit 52 000 euros par mois.
Un local à 500 euros de loyer, un salarié 1300 euros, même en comptant
mille euros de charges diverses (courrier, téléphone et internet) et
les impôts, reste au moins 45 000 euros générés par mois pour du vent.

Pas étonnant que l’entreprise en question soit cotée en bourse depuis deux ans….

Pas difficile de comprendre où aboutit finalement l’argent des
cotisations des salariés, qui passe par l’UNEDIC pour arriver dans la
poche d’actionnaires qui sont souvent aussi ceux des entreprises qui
ont licencié les salariés…

Le profit, c’est simple comme un jeu de chaises musicales : prenez
trois précaires et faites les danser, du statut de salarié en contrat
sous payé, à celui de chômeur mal indemnisé et fliqué. Faites en
sorte, naturellement qu’il n’y ait toujours que deux chaises pour
trois, et le précipice de la radiation et de la misère pour celui qui
refuse de se battre pour une chaise pourrie contre les autres
précaires...

Arrêter la valse ? Pas si difficile, il suffit que les trois précaires
se regardent en face et admettent que tourner en rond n’amène nulle
part ...

Ce jour là, chez un prestataire du Pôle, nous avons commencé.


Voir en ligne : Source

Messages

  • mes cousins ont eu un problème un des deux était au chômage depuis 1 an il a été dans une agence comme vous la décrivez. même scénario menace de radiation, finalement il accepte quelque chose qui lui convient et qui convient à l’employeur mais au bout de quelques semaines l’employeur s’aperçoit que la personne ne peut pas lui faire bénéficier d’alègement de charge il ne veut donc plus continer à le garder résultat il se retrouve de nouveau au chômage.....................................

    • Bonjour,
      Je suis journaliste et je prépare un documentaire pour M6 sur le chômage.
      Je recherche une personne qui serait d’accord pour témoigner sur le chômage
      qui va arriver en fin de droits dans les jours qui suivent ?
      Pouvez vous m’aider ?

      Merci,
      Cordialement,
      Valentine
      valentinebourrat@gmail.com
      0158265827

    • Bonjour ,j’ai lu votre message et souhaiterai témoigner des relations totalement arbitraire qu’on les employés des assédics du droit de nous informer de nos droits et d’assurer u service public digne de ce nom. J’ai 51 ans ,cadre du secteur culturel avec 25 ans d’expériences dans des structures Nationales, j’ai du quitter mon poste de co directeur en 2004 pour mise au placard ,ensuite par mon réseau personnel, je suis devenu "permi-temps" cumulant plus de 50 contrats notamment pour le ministère de la jeunesse et des sports comme chef de projet, consultant, directeur artistique,formateur ... et de trés nombreuses structures. Avec la réforme de la RGPP ,je n’ai plus eu de contrats , la majorité des strucures ayant disparues,en 2008 J’ai renouvelé mes droits qui se terminait le 24 février 2010 au momentque les assédics prenaient en compte pour repartir n’était pas la fin des mes allocations mais la fin de mon dernier contrat de travail, résultat , je pensais qu’ayant travailler 5 mois et demi je pouvais bénéficier d’autant de jours indemnités mais ayant travailler pour un salaire bien inférieur à mes salaires précédents ,ils ont gardé "le meilleur taux" me faisant perdre plus de 30 jours d’indemnités de plus en faisant démarrer mes nouveaux droits à la date de mon dernier contrat de travail en novembre 2009, je me retrouve avec un trop perçu et plus aucuns droits et ressources dans 20 jours , j’ai consulté une aide juridique qui me dit que la circulaire de l’unedic de 2009-10 DU 22 AVRIL 2009 est une" usine à gaz "qui laisse place à beaucoup d’interprétations , bien entendu j’ai écrit uun courrier de réclamation pour retrouver mes droits et les quelques mois qui m’ont été subtilisé ,c’est surtout la manière qui est chocante ,quand je pose des questions précises, je n’ai aucune réponse à croire que les interlocuteurs ne sont pas formés juste bon à nous répondre des phrases formatées, heureusement malgré les humiliations parfois le sentiment de honte ,je reste fidéle la maxime suivante "résister, c’est crée, créer c’est résisté, bien à vous ,PEJNI

  • Bonsoir AC, Urgent !!!

    Je viens de recevoir par le Pôle-Emploi une décision concernant la cessation d’inscription sur la liste des demandeurs d’emploi à compter du 28/02/2010, lettre datée du 01/03/2010. Je suis au RSA depuis le 1 er juin 2009 et je viens d’apprendre que le Président du Conseil Général devra tranché s’il désire d’interrompre le versement de ce revenu.

    Que dois-je faire ? Me réinscrire au chômage, alors que je ne touche même pas les indemnités, étant donné, que le EPLE m’a retourné le contrat de travail en CUI-CAE signé,dpuis le 01/03/2010.
    Et si le Président du Conseil général m’annonce que RSA est supprimé, je n’aurai rien comme complément de salaire. En attendant, je travaille dans une école primaire en CUI-CAE.
    Mais l’employeur attend le retour de la convention collective signée entre le Conseil Général, le salarié, l’employeur. Est-ce que je concerve comme même mon poste actuelle ?
    Merci de répondre rapidement

    • Mes collègues qui viennent de passer en CUI, ont tous reçu la même lettre.

      C’est juste une lettre type, qui vous "invite" assez brutalement, à vous réinscrire chez Pôle Emploi, sous peine de voir disparaître votre RSA.

      Ne me demandez surtout pas la logique de tout ça, nous, nous avons arrêté d’essayer de comprendre depuis longtemps.

      Votre CUI a été enregistré comme contrat de travail ordinaire, du coup, vous avez été "radiée" puisqu’en emploi durable. Mais comme vous percevez un complément de RSA, et que le versement du RSA est subordonné à votre activité (CUI en l’occurence), vous devez rester inscrite chez Pôle Emploi.

      Donc vous vous réinscrivez sans plus tarder.

      Normalement, après l’inscription, l’actualisation de votre dossier Pôle Emploi doit être effectuée automatiquement jusqu’à la fin de votre contrat. Donc, pas besoin d’actualiser tous les mois (vérifiez tout de même le premier mois) et vous êtes toujours sur la liste des demandeurs d’emploi.

      Vous sautez d’une catégorie à l’autre pour leurs statistiques. C’est comme ça que le président peut annoncer que le chômage recule !!

      PS : s’il vous plaît, voudriez-vous noter une fois pour toutes que cette convention n’est pas une "convention collective" (cela vous a d’ailleurs été expliqué sur une autre discussion) et aussi que l’on dit quand même et non comme même.

  • Bonjour,
    Je suis TH, et l’assoc qui effectue le suivi à la place de Pôle emploi me propose une "plateforme de remotivation" .
    ça se passe sur 3 mois ,avec le statut de stagiaire de la formation professionnelle .
    Première question, on nous a dit que la rémunération serait l’ équivalent (en brut) de notre meilleure précédente salaire (sur une période de ? année) ,est-ce vrai ?
    Ensuite, il est prévu des stages en entreprises, dont un de 3 semaines .
    je croyais que les périodes d’ évaluation en milieu de travail était de 80h max .
    Comment peut on avoir des stages aussi longs (et un statut de stagiaire), puisqu’ il ne s’agit pas non plus d’une formation ?

    Si la rémunération est équivalente (voire supérieure) au SMIc, les périodes en entreprises sont compensées ,et du point de vue du revenu , le marché paraît acceptable .
    Bref, je ne sais pas trop quoi penser de ces propositions, d’un côté, je sais que c’est beaucoup vent , de l’ autre il y a des avantages .

    On nous a par exemple parlé de marché (du travail) caché , des offres d’emplois qui ne seraient pas publiées ,mais dont nous pourrions bénéficier si on suit cette "formation" .

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.