AC ! Réseau - Agir contre le chômage et la précarité

Accueil > Contrats "aidés" : CAE, contrat d’avenir... > Les précaires à la Direction Régionale de la Cohésion Sociale

3 février 2015 : grève dans l’Education Nationale

Les précaires à la Direction Régionale de la Cohésion Sociale

mardi 3 février 2015, par AC ! Ile de France

Cohésion sociale, c’est une de ces expressions à la mode dans les institutions, mais dont personne ne sait vraiment ce qu’elle veut dire : elle date de 2005, quand Jean Louis Borloo a "révolutionné" les politiques de l’emploi, en supprimant toutes les barrières légales qui empêchaient les employeurs de pourvoir à des besoins pérennes en recourant éternellement à des contrats aidés.

Dix ans plus tard, le résultat est là : des salariés qui en sont à leur huitième contrat aidé pour les mêmes postes auprès des élèves en situation de handicap. Des précaires à qui l’on ne proposera jamais autre chose qu’un autre CUI-CAE, alternant avec des périodes de chômage. Il y a une chose vraiment pratique avec ces contrats : comme ils sont à temps partiel, la plupart des salariéEs sont contraintEs de bosser en plus à côté, avec d’autres contrats en temps partiel. C’est ainsi que le précaire en charge d’un élève en situation de handicap le matin et l’après-midi , sera vacataire à la cantine entre midi et deux, assurera l’étude le soir , ou sera animateur en centre de loisirs le mercredi, ou encore assurera du soutien scolaire le soir dans les associations.

L’Education Nationale comme le Ministère de la Jeunesse et des Sports ont ainsi une population totalement précarisée à leurs disposition pour effectuer toutes les tâches possibles, en permanence. Toujours à la gorge parce que le CUI-CAE lui rapporte moins de 700 euros par mois, cette population est donc obligée d’accepter des vacations de quelques heures, des temps ultra-partiels pour compléter. Et on peut mettre fin à ces contrats quand on le souhaite.

Voilà l’autre visage de la grande "cause nationale" qu’est censée être la jeunesse : sur le terrain, à l’école comme dans le périscolaire, les enfants et les jeunes sont encadrés par du personnel méprisé et ultra-précaire. Les salariéEs n’ont évidemment jamais le temps ni la possibilité de se former vraiment, leur expérience n’est jamais reconnue : ainsi pour obtenir en VAE un diplôme d’Auxiliaire de Vie Sociale, il faudrait trois ans de CUI-CAE. Mais la plupart d’entre eux s’interrompent au bout de deux ans, et ensuite , il faut retrouver du boulot, sous la pression du Pôle Emploi, qui refuse la plupart des demandes de formation.

En ce jour de grève à l’Education Nationale, nous avions donc de très bonnes raisons de manifester à la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale : c’est le directeur en personne qui nous a reçus longuement, avec son équipe. Aucun d’entre eux n’a contesté le caractère scandaleux des situations décrites par les salariées dans l’Education Nationale : et pour cause, entre retards de salaires, impossibilité d’être recruté même en contrat précaire de droit public après deux ans de CUI-CAE, formations quasi-inexistantes et insertion zéro, le tableau n’est pas reluisant.

Nous avons bien l’intention de nous inviter partout pour dénoncer la situation : en effet, les rectorats et celui de Versailles tout particulièrement ont choisi la politique de la porte fermée face aux luttes des précaires qu’ils emploient. "Traitons les comme des moins que rien, et ils ne feront rien" , telle semble la peu glorieuse stratégie adoptée par un employeur public qui devrait donner l’exemple.

C’est peu glorieux et peu efficace : de l’occupation de la Direction Générale du Travailà celle de la Direction Générale des Ressources Humaines de l’Education Nationale, de notre visite aux services du premier Ministre, à celle de la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale aujourd’hui, nous comptons bien nous faire entendre partout puisque nous ne sommes respectés nulle part.

Collectif AVS

Le tract diffusé sur place :

Education Nationale et périscolaire  : quel avenir pour les salariés précaires  ?

La jeunesse une cause prioritaire pour le gouvernement, comme le handicap. C’est du moins les annonces qui sont faites et réitérées en permanence depuis trois ans.Mais une cause prioritaire ne peut-pas être défendue en y assignant uniquement des salariés précaires.

Nous sommes auxiliaires de vie scolaire ( AVS), ou EVS dans les écoles, les collèges, les lycées, où nous assurons l’accompagnement des enfants en situation de handicap. En CUI-CAE ou en contrat précaire de droit public, nous sommes toutes et tous en temps partiel imposé. Pour survivre, nous sommes donc aussi souvent vacataires dans les cantines, les centres de loisirs et nous assurons également l’étude après la classe, ou des activités d’animation ou de soutien scolaire.

Aujourd’hui nous subissons des conditions de travail inacceptable  : retards de salaires récurrents, parfois de plusieurs mois, contrats de travail illégaux ou même inexistants. Sans formation préalable, on nous demande d’accompagner des enfants en situation de handicap et de nous adapter immédiatement au poste et aux enfants. De plus en plus souvent, nous travaillons sur plusieurs écoles, avec plusieurs enfants, nos emplois du temps sont sans cesse modifiés, évidemment sans tenir compte du fait que nous sommes bien obligés de prendre un second emploi pour joindre les deux bouts, car notre salaire principal nous maintient très en dessous du seuil de pauvreté.

Demain, nous serons de nouveau au chômage  : les CUI-CAE sont conclus pour une durée de deux ans, cinq tout au plus pour des cas dérogatoires. Nos employeurs, l’Education Nationale ou les établissements privés d’enseignement nous recrutent sans problème, et nous considèrent bien assez bons pour faire le travail demandé, tant que notre salaire est subventionné à 70 ou même 90%. Mais quand le subventionnement s’arrête, brusquement nous ne convenons plus au poste  : il nous est quasi-impossible d’être reconduits en contrat de droit public, même précaire. D’ailleurs les sites créés par les académies pour postuler à ces contrats ( AESH) n’acceptent même pas les candidatures de celles et ceux qui n’ont pas le bac....un bac qu’on ne nous demande pas pour faire le même travail en CUI-CAE. L’expérience acquise pendant deux ans ne compte pour rien. C’est d’ailleurs la même chose pour celles et ceux qui sont recrutés pour des contrats d’un an en droit public  : il en faut six d’affilée pour espérer un CDI au rabais à temps partiel.

Nous manifestons aujourd’hui collectivement à la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale. Il est urgent que le Ministère des Affaires Sociales arrête de faire l’autruche sur les conditions réelles de travail et d’existence des précaires qui jonglent entre les contrats à l’Education Nationale , les vacations dans l’animation et le soutien scolaire, l’aide aux enfants en situation de handicap, sans jamais avoir une chance d’avoir un contrat de travail correct et durable dans ces secteurs.

Il ne peut pas y avoir de politique efficace et cohérente pour la jeunesse, si les salariés qui l’assurent au quotidien sont méprisés, précarisés, dans l’incertitude permanente sur leur avenir. Il est inacceptable que certains d’entre nous commencent leur vie professionnelle avec des contrats d’insertion dérogatoires au droit du travail et se retrouvent quinze ans après dans la même situation, avec d’autres contrats précaires.

Nous voulons le respect au présent, et l’amélioration de nos conditions de travail. Nous voulons un avenir , et pas une succession de périodes de chômage et de contrats précaires.

{{}}

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.